Tout Eddy !

Article du 9 décembre 2024

Le titre est plat, le style sec et sans fioriture, l’humour sardonique, le propos simple : Eddy Mitchell, alias Claude Moine, nous raconte sa vie. Et c’est tout simplement la meilleure lecture de cette fin d’année, la plus drôle, la plus passionnante, la plus verveuse, la plus fervente. Le rocker des Chaussettes Noires, l’animateur  de la Dernière Séance, le comédien primé, césarisé, de « le Bonheur est dans le Pré », « Coup de Torchon », « Un homme peut en cacher un autre » ou des « Vieux Fourneaux » ne se passe rien, bat sa coulpe, fait son autocritique avec sévérité, se révèle bosseur intraitable et interprète exigeant. S’il a fui son premier groupe, c’est parce qu’il jouait mal ou chantait faux. C’est triste et à écrire pour un vieux fan de « Chérie oh oh chérie ! « , de « Madame ! Madame !« , de « Daniela » et de « Dactylo Rock« . Mais le premier Eddy ne s’aimait guère. Il quitte Belleville pour Nashville à la recherche du son parfait. Ce faisant, il cultive ses amitiés, entre autres, avec Dutronc, Johnny, Gainsbourg et quelques autres, livre de malicieux détails sur les débuts de Claude François, livre son admiration sans faille et fidèle pour Little Richard et Gene Vincent. S’il aime l’Amérique des grands espaces et des westerns, de John Wayne et de Norman R Rockwell, il se montre critique sur le mode de vie US (« Dîner à cinq heures du soir, merci bien. j’ai horreur du Coca-Cola et Mickey m’emmerde« ), raille la politique américaine depuis Reagan, se gausse de Bush junior et de sa suite. Il livre d’ailleurs son scepticisme sur la politique en général, s’affiche libre-penseur, volontiers anti-militariste  – avec de mauvais souvenirs de la guerre d’Algérie -, même s’il accepte de chanter pour les troupes françaises – en santiags – lors de la guerre du Golfe -, cultive avec art sa réputation de vieux ronchon. Bref, notre Eddy ne déçoit guère. Mais il nous met de belle et bonne bonheur avec cette autobiographie, dont chaque chapitre ou presque s’achève sur un bon mot. Fidèle à lui-même, râleur formidable, grincheux avec talent, cet octogénaire au coeur large qui ne renie pas le jeune qu’il ft et démarra au Golf Drouot, nous séduit avec force. « Eddy sois bon ! »

Autobiographie, d’Eddy Mitchell (Cherche Midi, 240 pages, 19,80 €).

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Publié le  9 décembre 2024 par

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