Le nageur de Pierre Assouline
Comment un homme qui a peur de l’eau maîtrise peu à peu son corps pour devenir champion de France et d’Europe, puis recordman du monde de nage, fortiche en crawl, expert en brasse papillon, mais aussi joueur de water-polo, cumulant victoires et records, participant au JO de Berlin, bravant l’Allemagne nazie, mais finalement rattrapé par ses origines : c’est ce destin exceptionnel que raconte Pierre Assouline. Le biographe d’Hergé, de Kahnweiller et de Nissim de Camondo, se penche là sur la vie d’Alfred Nakache avec ferveur, passion et acuité. Il a tout lui à son sujet, sur son époque et restitue son existence comme un roman vrai. Né au début du XXe siècle dans une famille juive de Constantine en Algérie, traversant la France de l’Occupation, Nakkache sunommé « Artem » deviendra un héros français, avant d’être interdit de bassins et d’enseignement du sport par les lois de Vichy, fuyant Paris et la zone occupée pour Toulouse, dénoncé un concurrent, déporté à Auschwitz, surmontant les pires épreuves – on croit avoir tout lu sur les camps, voilà qu’on en apprend encore, sur le quotidien de l’horreur, sur la « marche de la mort » – , retrouvant son aura après guerre, choisissant le silence contre la plainte, mort d’une crise cardiaque après une nage en mer à Cerbère. Ce héros d’abord joyeux, communiquant son énergie, sa volonté et son sourire à tous, résistant à la résignation, offre l’exemple d’un homme la main tendue dans le bassin, comme le suggère la couverture : ce livre, rédigé avec une vigueur constante, propose une formidable leçon de vie. On n’oubliera pas de sitôt le formidable « Artem ». Ce très beau livre. est comme une stèle dresse à sa mémoire.
Le Nageur, de Pierre Assouline (Gallimard, 243 pages, 20 €).








