Le Lâche de Jarred McGinnis
Un sacré premier roman, à l’écriture très maitrisée, en tout cas excellement traduit, qui ménage ses effets, sa drôlerie, voire sa brusquerie avec malice et finesse. Le sujet : le héros (qui porte le nom de l’auteur) se réveille à l’hôpital après un violent accident de voiture. Il apprend, très vite, qu’il ne remarchera pas, que la jeune fille qui l’accompagnait – et fut son premier amour – est morte dans la collision, qu’il est quasiment seul au monde. Mais il y a Jack, son père, qu’il n’a pas vu depuis dix ans, qui a cessé de boire et qui est prêt à l’aider à refaire surface. Puis Patrick, son frère aîné, qui a brillamment réussi sa vie de famille, même avec un premier essai raté, et sa vie tout court, prêt à le secourir. Le futur n’est guère riant? Mais il y a Sarah, la serveuse de son café préféré, en passe de tomber amoureuse de lui. Plus les boulots qui pleuvent sur lui, même s’il s’efforce de les bazarder. Bref, Jarred s’explique, se raconte, se justifie, refait son parcours : un chapitre pour le passé, un autre pour le présent. Provocateur dans l’âme, looser né, brisant ses chances de réussite, est-il trop « lâche » pour envisager une vie neuve? Voilà un roman brillant, mais troublant, sincère, mais désarmant, qui pourrait être sinistre, et se révèle drôle, vif, incisif, décapant. Jarred McGinnis, dont on ne sait s’il conte ici sa propre histoire, parvient à rendre son drôle de héros prenant et attachant. Sans jamais s’apitoyer sur son sort. En traçant des personnages secondaires – Fritz, son premier ami, Mélissa, son premier amour, la jolie Sarah et son frère Marco -, d’une vitalité et d’une force sans faille. Une réussite.
Le Lâche, de Jarred McGinnis, traduit de l’amércain par Marc Amreville (Anne-Marie Métaillé, 352 pages, 22 €).








