Paris 18e : les charmes d’Edmond par Antonio Tacca
Direction Montmartre où notre complice gourmet, Fadi Joseph Abou prend de la hauteur et découvre la nouvelle donne de la table panoramique du Terrass’ Hôtel. On l’écoute …
Au Terrass’ Hotel, refuge montmartrois millésimé 1911 où Colette, Michel Simon, Pierre Brasseur ou Samson François eurent leurs habitudes, la vue vaut à elle seule l’ascension. Paris s’offre en majesté avec les toits de Montmartre, les frondaisons du cimetière en contrebas, la tour Eiffel au loin et cette lumière dorée qui donne à la capitale des airs de fête le soir venu L’histoire de cette demeure restée dans le giron de la même famille depuis un siècle, commence en 1911 lors qu’Edmond Hurand, déjà propriétaire de l’Élysée-Montmartre, rachète une brasserie et un terrain à l’angle des rues Caulaincourt et Joseph de Maistre pour y faire bâtir un hôtel de 120 chambres avec Paris pour horizon. Une année de naissance que la maison garde malicieusement en mémoire puisque l’on dîne ici à partir de 19h11.
Perché au dernier étage de l’hôtel, le restaurant, baptisé en clin d’oeil au fondateur fait d’emblée parler ses arguments avec ses grandes baies vitrées, sa vue à couper le souffle et cette terrasse qui semble suspendue au-dessus de Paris. Et le miracle ici est que l’assiette se révèle à la hauteur du panorama. La faute à ? Antonio Tacca, italien alerte, qui a succédé à Julien Goriot et imprime sa marque avec une partition mettant à l’honneur le beau produit français dialoguant avec quelques touches d’ailleurs. Passé par le Taubenkobel en Autriche et l’Atelier Robuchon Étoile avec d’Éric Bouchenoire, Antonio en a aussi bien ramené la science du beau produit que celle des cuissons réglées au millimètre.
Le foie gras poêlé lance en beauté les hostilités : escalope épaisse, joliment caramélisée, cuisson maitrisée avec un cœur reste juteux, goût franc sans la moindre lourdeur. La brioche dorée au beurre s’offre entière, tandis que la sauce aigre-douce maison au gingembre ajoute du relief et de la vivacité à l’ensemble. Jouant sur un autre registre, la daurade marinée façon gravlax s’accorde avec le fenouil finement taillé, le quinoa, le pamplemousse et l’orange sanguine sans oublier le bouillon versé à table, comme la signature finale du plat.
Y succède le homard breton avec sa pince fièrement dressée, médaillons de queue, voiles de mozzarella mais aussi sucrine, avocat et condiment au curcuma : une composition harmonieuse où chaque élément trouve sa place sans écraser le roi des crustacés. Avec leur émulsion au corail, les gnocchis au homard font également mouche voisinant joyeusement avec le bar escorté de sa déclinaison de brocoli et d’une touche de safran. Mais les carnassiers ne seront pas en reste avec lefi let de bœuf Angus d’une tendreté exemplaire accompagné de son os à moelle gratiné avec ciboulette, sur le mode de la gourmandise franche.
Pour conclure, la délicate tarte chocolat-sarrasin au chocolat de Colombie 65 % de Nicolas Berger est aussi belle à voir qu’à croquer avec son goût de chocolat profond et enrichi des notes torréfiées du sarrasin. En misant sur les contrastes et un condiment végétal inattendu mais bien vu, la pavlova aux fraises avec vanille de Madagascar, fraise Cléry et condiment de feuille de roquette appelle aussi les éloges. Voilà une table qui possède plus d’un tour dans son sac et dont le vif Antonio élève le niveau.
Edmond au Terrass’ Hôtel
12-14, rue Joseph de Maistre
75018 Paris
Tel. : +33 1 46 06 72 85
Carte : 60-100€
Menus : 62 (brunch le dim.) €
Fermeture hebdo. : lundi soir, dimanche soir
Site internet : terrass-hotel.com














