Zudausques : rendez-vous chez Poto
Ils avaient joliment secoué la scène bistronomique touquettoise au Baya et au Boko Baya. Voilà désormais Thomas et Pauline Deligne à la campagne, du côté de Zudausques, près de Saint-Omer, où ils ont imaginé « POTO », contraction malicieuse de leurs deux prénoms. Une adresse qui leur ressemble : chaleureuse, contemporaine, décontractée et franchement gourmande.
Installé dans un ancien estaminet champêtre totalement repensé, le lieu conjugue esprit de village et modernité bien sentie. Bois clair, déco sobre, ambiance de copains et cuisine ouverte sur l’instant : ici, on vient autant pour bien manger que pour passer un vrai bon moment. Le genre d’étape de bonne compagnie qu’on aimerait garder secrète.
Deux petits reproches : les rideaux ou claustras aux fenêtres qui oblitèrent la vue sur le dehors champêtre. Et ces serviettes en papier qu’on pourrait aisément remplacer par d’autres en tissu, qui cadreraient mieux avec ce décor chaleureux. Côté cuisine, en revanche, c’est le petit bonheur. En amuse-bouche, le ton est donné avec un impeccable crumble sablé de Wissant au thym et miel, des cromesquis relevés de pickles de graines de moutarde et une délicate carotte de Tilques coiffée d’un râpé de céleri et carotte blanche.
La suite confirme l’inspiration locale et précise du duo, qui oeuvrent ici chacun en « one man show », en cuisine, comme en salle. Les asperges dialoguent avec un gravelax de truite des Hauts-de-France, avec asperges vertes au naturel, un siphon de hollandaise et une huile de poireaux dans une assiette fraîche et lisible. Plus terrien, le chèvre de la Biqueterie voisine rencontre les carottes de Tilques travaillées en textures, escortées d’un condiment tomates confites-basilic.
Bien sûr, Thomas a tendance à couper non pas les cheveux mais les plats en quatre, mais le goût y est. Et du côté des mets de résistance, le mignon de cochon bardé de lard, avec croûte d’herbes, fregola sarda crémeuse au lard de Colonnata et jus de cochon impose une gourmandise franche et généreuse. Plus délicat, le bar sauvage de ligne cuit sur peau s’appuie sur une polenta à la crème de langoustines et pak choï, dans un registre plus iodé.
Les desserts jouent eux aussi la partition juste : crémeux citron, meringue zestée, sorbet fraises-basilic et fruits frais avec financier noisette, crémeux chocolat lait et noir, glace vanille et confiture de lait, sans oublier un séduisant baba infusé au sureau, avec rhubarbe compotée, plus une crème légère à la vanille bleue et fraise
Au verre, la Mongy Session IPA servie à la pression fait merveille sur le mode dessoiffant, tandis que le « Plan de Dieu » Les Aumôniers 2024, en côtes-du-rhône villages, accompagne avec panache les viandes.
Bref, avec leur « POTO » – qui accueille dès 10h le matin, en semaine, pour un verre –, Thomas et Pauline Deligne signent une reconversion cohérente et inspirée. Voilà une table sincère, actuelle, ancrée dans son terroir sans folklore, qui mérite largement le détour dans l’Audomarois.
POTO
7 Rue des Courtils
62500 Zudausques
Tél. : 09 77 44 49 34
Fermeture hebdo. : merc., dim., lundi soir, mardi soir, jeudi soir.
Menus : 25 (formule, déj.), 30 €.
Carte: 65 €.
Site : restaurant-poto.com
















