La femme au manteau de loutre, le polar jazzy d’Alain Genestar
On avais aimé « Le baraquement américain« (1998), le premier roman d’Alain Genestar, déjà très marqué par New York, le jazz, la presse et les vies cabossées. Près de trente ans plus tard, l’ancien patron du Journal du Dimanche, puis de Paris-Match et fondateur du magazine de photos Polka, revient au roman en demeurant fidèle à ses amours et à ses obsessions. Nous sommes à New York en 2007. Sarah, 27 ans, chante chaque soir avec sa sœur cadette Dinah au St. Nick’s, un club de Harlem. Les « Sisters Dean » ont du talent, de la beauté, des voix de mezzo et l’avenir devant elles. Jusqu’au jour où un « accident de personne », selon la formule pudiquement administrative, vient briser le duo sur le quai du métro. Accident, suicide ou crime ? Voilà donc un ancien photographe de guerre, désormais roi de la photo de rue new yorkaise, et un jeune journaliste stagiaire passionné qui se lancent dans une enquête à deux voix. Le premier connaît les images et les rues, le second les salles de rédaction et la curiosité sans frein. Ensemble, ils vont tenter de mettre un visage sur cette morte anonyme, dont le curieux manteau de loutre devient le premier indice. Et puis il y a le jazz, Harlem, les nuits new-yorkaises, les clubs enfumés, le New York Times, les oiseaux qui s’entretuent dans les zoos de Central Park et du Bronx, et cette étrange « malédiction des 27 » qui emporte tant de musiciens mythiques. Genestar promène son lecteur dans une ville qui se raconte par ses sons, ses images et ses fantômes, jusqu’au Delta du Mississippi et aux légendes de Robert Johnson et du Hoodoo. Mais n’en disons pas davantage. Ce serait déflorer le plaisir de l’enquête, et surtout celui de découvrir peu à peu le pianiste au regard inquiétant, amoureux de Sarah, qui cache derrière ses nuits musicales une autre vie, beaucoup plus sombre. Disons simplement que Genestar signe un roman prenant où le polar avance au rythme d’un jazz inquiet, avec la photo, la musique et New York comme personnages à part entière. Et que, trente ans après son « baraquement américain« , on retrouve avec plaisir son goût des destins fêlés, des nuits américaines et des vérités qui se cachent derrière les images.
La femme au manteau de loutre d’Alain Genestar, Grasset, 288 pages, 22 €.








