Les nuits et les jours de Caroline Gutmann

Article du 30 avril 2026

Avec Caroline Gutmann, on sait d’emblée qu’on n’est pas dans le roman paresseux : il y a du style, de l’ironie, et cette façon propre à cette bavarde née, sincère et passionnée, de mêler l’intime au romanesque. Son nouveau livre, J’irai jusqu’au bout de vos nuits (L’Observatoire, 312 p., 22 €), confirme la chose avec un charme certain. Tout commence dans un Paris d’été un peu désert, presque irréel. La narratrice, qui se nomme Caroline Mendel, manière de bien indiquer – au cas où on en douterait -, qu’il s’agit d’un double de l’auteur, est convalescente après une opération d’un méningiome au cerveau. Elle traîne sa solitude et ses hantises du côté du Parc Montsouris. Là, une rencontre improbable va faire basculer le récit : une vieille dame fantasque lui ouvre la porte d’un mystère oublié, celui du palais du Bardo, disparu dans un incendie en 1991 resté inexpliqué.

Dès lors, le roman devient enquête. Et ce qui ressemble à de l’autofiction bascule dans le thriller. S’ouvre alors une enquête à tiroirs, sinueuse, où l’on croise des figures historiques – comme la chimiste Clara Immerwahr, épouse brisée du chimiste Fritz Haber, qui a mis au point un gaz mortel tiré de l’ammoniac  – et des destins féminins abîmés, longtemps passés sous silence. Caroline Gutmann tricote avec habileté un récit qui mêle l’enquête et le mémoriel, se révélant à la fois léger et grave, où la maladie, la mémoire et l’amitié se mêlent sans peser. Le ton est vif, souvent drôle, même quand le sujet prend la tangente vers l’ombre. Et surtout, elle installe une atmosphère : celle d’un quartier, d’un parc, d’un Paris discret, presque secret, en tout cas mystérieux, avec la réplique du palais Bardo de Tunis, qu’elle nous rend étrangement familier.

On pense à un roman d’apprentissage mâtiné de jeu de piste, avec ce goût des énigmes à l’ancienne et des personnages secondaires très dessinés. Le tout porté par une héroïne attachante, fragile, mais tenace, qui préfère fouiller le passé plutôt que se laisser engloutir par ses propres nuits.  Voilà un livre élégant, subtil, malin, qui donne envie de flâner dans le XIVᵉ arrondissement parisien, en cherchant des traces là où il ne reste que des cendres. Une lecture qui tient autant du plaisir que de la promenade littéraire.

J’irai jusqu’au bout de vos nuits, de Caroline Gutmann (L’Observatoire, 312 p., 22 €),

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Publié le  30 avril 2026 par

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