Princesse de Kinga Wyrzykowska
D’elle, au nom imprononçable (c’est bien un certain Pudlowski qui l’affirme et l’écrit !), on avait aimé le si troublant et fort réussi « Patte Blanche » qui fut une des réussites de la rentrée 2022. Voilà son deuxième roman qui indique que l’insaisissable Kinga n’a rien perdu de sa verve et de son habileté sardonique du récit tortueux. Avant hier, il s’agissait d’une famille bourgeoise dans un étouffant huit clos. Cette fois-ci, l’héroïne est cadre des relations humaines dans une entreprise d’agro-alimentaire, plutôt timide et effacée, pour ne pas dire « lisse » (elle se nomme d’ailleurs Barbara Lis). Qui doit faire face à la mauvaise blague d’employées d’usine (ayant placé un gant de ménage dans un saucisson). Et change de caractère et d’itinéraire de vie le jour où elle reçoit, pour son anniversaire, un lapin (baptisé « Princesse ») qui va grandir démesurément, tout en faisant, le même jour, la rencontre d’un beau plombier polonais, Pawel, dont elle tombe amoureuse et qui va lui faire retrouver son pays d’origine. Elle quitte donc la France pour s’installer dans le village natal de son fiancé, doit faire aux sarcasmes, silences et rumeurs de voisins bien ou moins bien intentionnés à son égard qui scrutent à la fois son ventre mais aussi son lapin qui grossit et grandit… Kinga Wyrzykowska qui s’amuse ici des clichés qui entourent et réduisent les Polonais (le culte du travail, de la famille et de la religion, l’amour de la vodka, l’antisémitisme viscéral) n’hésite pas à tracer tout en ironie majeure et mineur de ce pays européen si loin si proche. Le roman qui épouse la satire sociale, dressant des portraits au scalpel … voire au vitriol, divisé en chapitres aux titres sibyllins (les chiffres en polonais succèdent aux français, indiquant qu’on a changé de pays), évoque une spirale en folie où Babara devient l’héroïne malgré, grâce au réseaux sociaux, d’un monde bouleversé en proie aux haines et aux fanatismes en tout genre. Drôle, vif, caustique, coruscant, écrit en cravachant, voilà un récit réaliste qui vire brusquement vers le fantastique (et dont on eut même écouterla fin en podcast). Voilà, et vous l’avez compris, une des vigoureuses réussites de ce début d’année.
Princesse de Kinga Wyrzykowska (Seuil, 367 pages, 22€).








