Manchette, le retour
C’est le beau cadeau d’été que nous font les éditions Gallimard en nous permettant de lire ou de relire tout Manchette en un seul volume. Jean-Patrick, qui signa ses livres J-P Manchette et ne révéla son prénom que par la suite, aurait eu 83 ans aujourd’hui si une sale maladie ne nous l’avait enlevé prématurément en 1995, il y a trente ans déjà. Rassemblés aujourd’hui par sa femme Mélissa et son fils Tristan, alias Dough Headline, ses romans noirs apparaissent plus que jamais pour ce qu’ils sont : des chefs d’oeuvre qui dynamitent le genre, combinant humour, critique sociale et politique, habileté narrative et références multiples à la musique (si vous aimez le jazz, notamment West Coast, façon Gerry Mulligan, Chet Baker ou Stan Getz vous serez comblé) comme à l’air du temps. Ce qui frappe à la relecture, c »est l’étonnante actualité ou du moins la pérennité de cette oeuvre sombre et gaie à la fois, car pratiquant l’auto-ironie. L’Affaire N’Gustro évoquant, de très près, l’affaire Ben Barka, notamment par le prisme de son « go between » Figon sous le nom de Butron – même si l’auteur s’en moque et s’en défie -, « la Position du Tireur Couché », celle du tueur à gages désireux de partir en retraite ou encore « le Petit Bleu de la Côte Ouest », avec cette figure désormais mythique d’un cadre, moyen ou supérieur, Georges Gerfaut, pris pour cible de hasard et devenu à son tour prédateur impitoyable sont, par exemple, trois ouvrages de cette manière Manchette reconnaissable entre mille. Lui qui se définit quelque part comme un « Hadley Chase soixante huitard » était un gauchiste ironique et d’esprit ouvert qui n’hésitait pas à copiner avec son alter ego d’extrême droite de la Série Noire, ADG, l’auteur de « la Nuit des Grands Chiens Malades », de « Balles Nègres » et du « Grand Môme » – et dont on espère également que Gallimard va rééditer l’oeuvre. Saluons enfin le « Dictionnaire Manchette » livré en finale sous le nom drôlatique de « le Coin des Affaires ». Parsemé de citations en tout genre, commentaires, sans indulgence, de sa propre oeuvre, extraits de son journal et de ses chroniques, ce livre en forme d’oeuvres complètes commentées et illustrées est une sorte d’objet littéraire jouissif assez unique. A ne manquer sous aucun prétexte !
Romans noirs, de Jean-Patrick Manchette (Quarto Gallimard, 1344 pages, 32 €)








