Les gestes d’Amanda Sthers
D’Amanda Sthers, on a aimé jadis « Chicken Street », qui contait l’histoire de deux juifs ashkénazes à Kaboul. On l’a suivie en « Terres Saintes« , où un ex-cardiologue parisien montait un élevage de cochons à Nazareth ( !). On l’a retrouvée dans les pas de Johnny Hallyday (« Dans mes yeux« ), puis dans ceux du chanteur américain exubérant Liberace, ou encore dans la peau d’un latin lover au coeur brisé à Porto Ercole (« les Promesses« ), mais aussi entre les lignes d’une dame du Nord rédigeant une Lettre d’amour sans le dire à un masseur japonais, enfin à Naples, le temps d’un Café Suspendu. Manière de souligner que cette romancière et dramaturge fuyante sait s’évader d’elle même et de l’autobiographie que suggérait son premier opus (« Ma place sur la photo« ) pour épouser à merveille les identités les plus variées. Rédigeant son récit à la première personne, elle se coule avec aise dans la peau d’un danseur homosexuel, Marc, qui s’apprête à adopter, avec son compagnon, un enfant venu d’Amérique Latine. Lorsque son propre père décède, il décide d’écrire sa vie, fantasque et non fantasmée, à partir des carnets et enregistrements de ce dernier. « Les gestes » sont ceux qui se passent d’une génération à l’autre. Hippolyte Ayoub, le père de Marc, issu d’une famille égyptienne, naît en Grèce où son père, Archibald Cousin, l’a abandonné dans le ventre de sa mère. Il sera, tour à tour, voire en même temps, archéologue, chauffeur de taxi, danseur mondain (et maladroit), séducteur impénitent, aventurier malchanceux. D’Alexandrie à Hydra, de Marseille à Paris, sans omettre Jérusalem, ce récit à tiroirs se lit comme la saga picaresque et truculente d’une famille morcelée – on a oublié au passage la mère Florentine, son amie Rachel et le compagnon de Marc, Shiv. Virtuose de la métamorphose, romancière-caméléon, dont on réédite ces temps-ci sa pièce à succès le vieux juif blonde, réussit, une fois de plus, à bousculer l’Histoire avec un grand H (l’évocation de l’Egypte d’Oum Kalthoum et de Gamal Abdel Nasser, qui se moque des frères musulmans, voulant imposer le voile dans les années 1970, est très réussie), son personnage, comme son récit. Pas question de s’ennuyer avec elle !
Les gestes d’Amanda Sthers (Stock, 285 pages, 20,90 €)







