Cabane d’Abel Quentin
Son premier roman (« Soeur ») abordait la question de l’islamisme, le second (« le Voyant d’Etampes », couronné par le prix Flore) était consacré au wokisme à travers les affres d’un écrivain cerné de toutes parts car, en rédigeant la biographie d’un poète oublié, dont il avait omis de dire qu’il était noir. Cette fois-ci, Abel Quentin, brillant avocat et écrivain majeur, revient aux sources d’un rapport vieux d’un demi-siècle constatant que l’humanité courait à sa perte si elle ne bouleversait pas son rythme de croissance. Le dit rapport était rédigé par quatre personnes, un couple d’Américains, les Dundee, Mildred et Eugene, qui n’hésitent à mener le bon combat pour leurs idées mais finiront par se consacrer à un élevage de porcs dans l’Utah, un français, Paul Quérillot, qui lui retournera sa veste pour travailler avec l’ennemi (en l’occurrence Elf-Aquitaine), se moquant des générations futures (« qu’ont-elles fait pour nous? » sera son adage) et cherchant surtout à gagner beaucoup d’argent, enfin un norvégien mystérieux et mathématicien génial, Johannes Gudsonn disparu mystérieusement et dont un journaliste curieux retrouvera le journal dans une mystérieuse cabane – celle qui donne son titre au livre – dans une île au large de Bergen. « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs« , dira plus tard Jacques Chirac dans son discours de Johannesburg de 2002. Abel Quentin, dont l’histoire s’inspire d’un rapport réel (« les limites de la croissance » publié en 1972), met en scène des personnages de fiction ancrés dans l’histoire de nos cinquante dernières années. Sa malice : les replacer dans le contexte de l’époque, imaginer leur traque minutieuse, à partir de la seconde (et grosse) moitié du livre qui se mue alors en thriller un brin scandinave sur fonds de secte et de vision prophétique volontiers catastrophiste du monde. Un tantinet disciple de Houllebecq, Abel Quentin aborde dans ses livres les grands thèmes de l’époque. Nul doute que sa « Cabane », l’un des poids lourds de la rentrée, résonnera longtemps d’écho en échos dans la conscience de ses lecteurs.
Cabane, d’Abel Quentin (Ed. de l’Observatoire, 480 p., 22 €).







