Les anti-mémoires de Gérard Guégan

Article du 4 mai 2024

Petit Marseillais monté à Paris, fils et neveu de communiste, communiste lui-même devenu vite un « irrégulier », Gérard Guégan a tout lu tout connu, s’est moqué de tout, conte ses débuts en littérature, narre une rencontre improbable avec Jean Paulhan, le grand homme de la NRF, qu’il lui conseille : « n’imitez que ce que vous croyez détester« . Il se prenait pour Rimbaud, prétendant se prénommer Arthur. Il sera l’éditeur de Champ Libre puis du Sagittaire, l’auteur de « la Rage au Coeur », un formidable roman provocateur qui le fera connaître en 1974, puis l’auteur franc-tireur d’une foule d’ouvrages iconoclastes. Ce « chant des livres », c’est un peu Guégan avant Guégan, des anti-mémoires à sa manière, à coup de fragments saccadés, courts chapitres, séquences brèves. Il y narre ses rencontres avec Louis Nucéra, Alphonse Boudard, Michel Mohrt (dont il tire un malicieux portrait), Charles Bukowski, Jean Giono, Philippe Sollers. Ses amis, ses compagnons d’âme ou d’armes, à qui, entre autres, le livre est dédié, se nomment Hervé Prudhon, Jean-Pierre Enard, Bernard Frank ou Armand Robin. Bref, mais dense, ordonné en apparence, mais joliment fourre-tout, irrespectueux souvent, passionnant toujours, voilà le témoignage d’un gamin espiègle et octogénaire qui ne renie rien de ce qu’il fut.

Le Chant des Livres de Gérard Guégan (Grasset, 140 pages, 16 €).

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Publié le  4 mai 2024 par

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