La vie de Bocuse comme un roman par Gautier Batistella

Article du 1 janvier 2026

Bocuse, un personnage de roman ? Il fallait y penser. Gautier Battistella, écrivain, journaliste, rewriter de luxe au Michelin et bon connaisseur des arcanes du monde de la grande cuisine et de ses secrets, en a fait le héros, riche, complexe, contrasté, d’un roman à ressorts : celui de sa « vraie vie ». Déjà auteur de plusieurs ouvrages de fiction, tous parus chez Grasset (Un jeune homme prometteur, Ce que l’homme a cru voir et Chef (inspiré notamment des décès de Bernard Loiseau et de Benoît Violier), couronné par les Prix Cazes, celui du Livre de Plage et le prix Jean Carmet, il plonge cette fois-ci dans la fascinante histoire de « Monsieur Paul », figure emblématique de la gastronomie du XXe siècle. De ses racines familiales aux trois étoiles du guide rouge (conservées jusqu’à sa mort), ce roman biographique retrace le parcours d’un as de la cuisine… et des affaires. Le livre s’ouvre, en prologue, sur la fin pénible du grand homme, avant de s’étendre sur ses années de formation dans le village de Collonges-au-Mont-d’Or, dans la maison paternelle. Et se poursuit avec l’apprentissage dans les cuisines d’Eugénie Brazier puis de Fernand Point, qui l’accompagne à Paris et le fait engager chez Lucas-Carton qui seront pour lui comme une deuxième mère et un second père.

L’histoire de la légende Bocuse commence après la Seconde Guerre mondiale, au cours de laquelle le soldat PB est grièvement blessé et son esprit rebelle suit en parallèle l’évolution de la société française. De la Libération à la naissance du Concorde, c’est tout un siècle qui défile sous nos yeux. Le compagnonnage avec Michel Guérard, Paul Haeberlin, Roger Vergé, Jean et Pierre Troisgros, ses rivalités avec Gault & Millau, aventures féminines à répétitions, la rencontre insolite avec Romain Gary (qui dort chez lui à Colllonges dans une sorte de sobre dénuement), l’obtention de la légion d’honneur et le fameux repas de l’Elysée, où il crée la soupe aux truffes VGE (« il faut casser la croûte, monsieur le Président« ),  contribuent à forger le mythe Bocuse. Il est celui qui comprend avant tout le monde les ficelles de la communication qui lui permettent de partir à la conquête du monde… avec ses trois femmes… Avec un sens aigu du récit précis et documenté, Gautier Batistella révèle la complexité de l’homme Bocuse, à la fois traditionnel et révolutionnaire, bon vivant et perfectionniste, délicat et ogre à la fois (il cite, bien sûr, Eve-Marie Zizza et son « Bocuse malgré lui »). On y découvre à travers les coulisses de la « Nouvelle Cuisine », l’invention du chef médiatique, les aventures bocusiennes en Amérique et au Japon, ainsi que ses doutes et la question complexe de son héritage. Voilà, en tout cas, comme un roman vrai l’histoire  – en plus de 300 pages – d’un chef mythique qui a transformé un métier somme toute banal en art national.  Gageure réussie !

Bocuse : roman, de Gautier Batistella (Grasset, 315 pages, 22€)

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Publié le  1 janvier 2026 par

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