Quand Alice Zeniter frappe l’épopée
D’elle on avait notamment aimé « Sombre Dimanche » (prix du Livre Inter 2013) et « l’Art de Perdre » (prix Goncourt des Lycéens 2017), le premier consacré à la Hongrie, à travers trois générations d’une même famille, entre communisme et post communisme, le second, comme une bouleversante histoire de l’Algérie à travers une famille, sa famille, celle de son père, kabyle devenu harki, jugé comme comme traître là, abandonné et trahi ici. Alice Zeniter prend cette fois-ci la Nouvelle Calédonie comme sujet, paysage, arrière-plan, s’y découvre en professeur sous le nom de Tass alias Tassadit, y retrouve la trace d’un possible ancêtre kabyle, Arezki, déporté d’Algérie, au temps où les lisières de Nouméa accueillaient les bagnards et les proscrits. Elle y rencontre surtout les kanaks militants de l’indépendance, ceux de l’ombre comme « NEP », « FidR » et leur chef, « Un Ruisseau » . Quand deux jumeaux de sa classe disparaissent, Tass part à leur recherche et commence l’épopée. Le chic d’Alice Zeniter ? L’empathie pour ses personnages qui donnent du relief à un paysage décharné, convoité, mal aimé, revendiqué. Entre les révoltes, les amours qui disparaissent (ceux qu’elle laisse en métropole), le retour aux racines, la romancière studieuse et acharnée tissent des fils ténus, mène l’enquête, raconte avec belle humeur, humour et brio. On apprend, après elle, à aimer cette contrée lointaine à l’image brouillée.
Frapper l’épopée, d’Alice Zeniter (Flammarion, 352 pages, 22 €).







