Jay McInerney : New York au temps du Covid

Article du 9 septembre 2026

 

Les Calloway,  ça vous dit quelque chose?  Il s’agit de ce couple new-yorkais que Jay McInerney accompagne depuis près de trente ans, au fil de « Trente ans et des poussières », « La Belle Vie » et « Les Jours enfuis ». Et qu’on peut découvrir au crépuscule de leur vie sans voir lu les ouvrages précédents. Avec « Rendez-vous sur l’autre rive » (qui sort le 11 septembre…, le romancier américain referme son grand cycle en les entraînant dans l’année la plus étrange de leur existence : 2020, le Covid, Manhattan désertée, Brooklyn confinée, quelques échappées dans les Hamptons, et l’impression que le monde vacille. Russell, éditeur littéraire à succès, et Corrine, engagée auprès des sans-abri, ont déjà survécu au 11 septembre 2001 et à la crise financière de 2008. Cette fois, le danger est plus intime. La maladie rôde, les certitudes s’effritent, les vieux mensonges remontent à la surface. Corrine n’a jamais totalement effacé une ancienne infidélité. Russell se laisse troubler par une jeune romancière aussi séduisante que talentueuse. Leur fils Jeremy fait campagne pour Bernie Sanders sans vraiment croire à la victoire. Leur fille Storey lance un restaurant gourmet (« Condrieu ») et les jolis flacons coulent à flot, tandis que sa liaison compliquée avec Mingus, le fils de leur ami Washington, oscille entre paresse et passion.

Le roman raconte les peurs d’une époque, les souvenirs qui remontent, les amours qui s’usent ou renaissent, sans jamais céder au pathos. McInerney garde son ironie, son élégance, son regard acéré sur la bourgeoisie cultivée de New York. Et surtout, il ne renonce jamais à la gourmandise. Car Russell continue de vivre par la table et le vin. Il brave les interdits sanitaires pour retrouver son cercle d’amis autour de flacons mythiques, jusqu’à une Romanée-Conti 1934 – qui, même bouchonnée, garde sa magie – dégustée comme si chaque verre pouvait être le dernier. Les grands restaurants dessinent la carte sentimentale du livre. Daniel Boulud, Eric Ripert au Bernardin, Alain Passard à l’Arpège, où Storey a fait ses classes, mais aussi Hélène Darroze ou Anne-Sophie Pic balisent ces pages où  cuisine raffinée et vins d’élite devienent une manière de résister à l’usure du temps qui passe. McInerney, lauréat du prix Fitzgerald décerné aux Belles Rives de Juan-les-Pins (avec un jury qui compte Beigbeder, Neuhoff ou Ono-dit-Biot dans ses rangs), sait mieux que personne dissoudre la mélancolie dans un vertueux chablis ou un pommard grand cru.

On ne dévoilera pas davantage cette chronique crépusculaire qui, sous ses airs de roman de la pandémie, parle surtout d’une époque qui s’achève, des fidélités fragiles, des plaisirs qui sauvent et de New York, éternelle héroïne blessée. C’est vif, drôle, brillant, remarquablement écrit. et traduit Les 330 pages filent comme un grand dîner entre amis. Et lorsqu’on referme ce dernier volume, une seule envie demeure : prolonger encore un peu la soirée.

Rendez-vous sur l’autre rive, de Jay McInerney (éditions de l’Olivier, 330 pages, 23,50€)

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Publié le  9 septembre 2026 par

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