La fabrique secrète de Stéphanie Janicot

Article du 26 août 2026

Après avoir longtemps exploré le roman sous toutes ses formes – de la fresque historique à l’anticipation, du fantastique au récit intimiste sans omettre la ou les religions et l’existence de Dieu  –, Stéphanie Janicot change de focale. Avec La Fabrique des histoires, elle nous conte d’où viennent les fictions. Ou plutôt comment elles naissent, se nourrissent du réel, des blessures, des silences, des bonheurs aussi, avant de prendre leur autonomie. L’exercice aurait pu tourner à l’autocélébration ou au manuel d’écriture. Il n’est ni l’un ni l’autre. C’est un livre de vérité, souvent émouvant, toujours intelligent, où l’écrivaine remonte le fil de sa propre existence pour comprendre ce qui l’a conduite à écrire. Elle évoque son enfance dans une famille recomposée, sa place de cadette au sein d’une fratrie séparée (son père avait eu quatre enfants d’un premier mariage), avec le sentiment diffus d’être profondément désirée et soutenue par ses parents, même lorsqu’elle fuit en Amérique. Il y a la disparition de sa mère, les failles qui deviennent des moteurs, les lectures qui ouvrent des mondes, les rencontres décisives, les amours, les renaissances. Et ces étranges coïncidences qui font se rattraper fiction et réalité où les décès et les maladies des personnages semblent devancer ceux de la vie réelle…

Journaliste culturelle, mère élevant seule son enfant, romancière prolifique, membre du jury Renaudot, Stéphanie Janicot mène depuis trente ans plusieurs vies de front. Elle montre ici comment elles s’entremêlent sans jamais se confondre. L’écriture apparaît comme un laboratoire permanent où chaque roman recycle, transforme, transcende une expérience vécue, une peur, une obsession ou un souvenir. Ce qui semblait relever de l’imagination pure trouve soudain sa source dans l’intime. Le plus passionnant réside précisément dans ces allers-retours entre la vie et l’œuvre. Livre après livre, elle éclaire les thèmes qui traversent toute sa bibliographie : la famille, les identités mouvantes, la solitude, la féminité, le temps, cette matière insaisissable qui irrigue ses romans depuis longtemps.

Les personnages deviennent des doubles possibles, les intrigues des variations sur une même quête intérieure. Écrit avec un grand souci de vérité, sans jamais céder au pathos, La Fabrique des histoires est une confidence autant qu’une réflexion sur le métier d’écrire. Les lecteurs de Stéphanie Janicot y retrouveront les clés secrètes d’une œuvre riche de près de trente livres ; les autres découvriront qu’avant chaque roman se cache une existence, avec ses manques, ses élans, ses cicatrices et cette irrépressible nécessité de transformer le vécu en littérature. Des coulisses passionnantes qui éclairent autant une femme qu’une vocation.

La Fabrique des histoires, de Stéphanie Janicot (Albin Michel, 252 pages, 19,90 €).

 

A propos de cet article

Publié le  26 août 2026 par

Et vous, qu'en avez-vous pensé ? Donnez-nous votre avis !