La Petite Pierre : retour au Lion d’Or
Douze ans sans remettre les pieds au Lion d’Or ! Pire qu’un crime, une faute … Il était grand temps de retrouver Philippe Velten et cette belle maison de La Petite-Pierre, perchée au pays de René Char et de Luc Hueber, sa grande ville vitrée, avec vue sur la forêt, le château, qui inspira le poète de l’Isle sur la Sorgue : « Je t’ai montré La Petite Pierre, la dot de sa forêt, le ciel qui naît aux branches/L’ampleur de ses oiseaux chasseurs d’autres oiseaux,/ Le pollen deux fois vivant sous la flambée des fleurs/ Une tour qu’on hisse au loin comme la toile du corsaire, Le lac redevenu le berceau du moulin, le sommeil d’un enfant. (…) » . Et bonne surprise : le Lion d’Or a gardé ses griffes, tout en gagnant en légèreté.
L’Alsace y est bien là, mais en douceur, avec cette petite pointe de modernité qui lui va bien. Ainsi ce bel amuse-bouche mixant croustillant d’agneau, tzatziki et gaspacho de tomate, ce délicat foie gras de canard mi-cuit au confit de choucroute, son pain toasté, ces « magnifiques » (c’est la carte qui le dit, mais elle n’a pas tort) tomates anciennes du pays et avec la mozzarella de la ferme voisine des bufflonnes d’Urhwiller font des entrées en matières de choix.
En plats de résistance, la « paupiette » de truite de Sparsbach fait un exercice classique avec sa farcie et sa peau en paupiette (certes trop cuite, mais savoureuse tout de même !) sur ses légumes d’été et son délicieux risotto à l’encre de seiche, comme le suprême de daurade royale rôti sur la peau avec ses légumes du soleil sont bien plaisants.
Et côté douceurs, la tarte aux myrtilles maison et le triangle (feuilleté) cassis (en mousse)-noix de coco (en glace) avec sa crème anglaise assurent avec joliesse. Voilà une cuisine généreuse, fraîche, bien menée, qui ne cherche pas à faire savant quand elle peut simplement être bonne.
Dans les verres, le vignoble régional donne la réplique avec classe : riche mais sec pinot gris grande réserve Gilg à Mittelbergheim, voluptueux (mais non confituré!) gewurztraminer cuvée Pierre Sparr à Beblenheim, élégant sylvaner Zotzenberg grand cru signé Gilg et splendide pinot noir 2023 Rolly-Gassmann à Rorhschwhir font accomplir au verre une jolie traversée des terroirs alsaciens, avec des bouteilles qui ont, elles aussi, des histoires de goût à raconter.
Et puis il y a le service, au petit point, attentif et souriant. Douze ans après, le Lion d’Or n’a donc pas seulement résisté au temps : il s’est remis dans le mouvement. À La Petite-Pierre, c’est une bonne raison de faire halte. Et de reprendre la route un peu plus tard que prévu.
Pour les plaisirs de l’esprit et la découverte du village, la maison des païens qui fut la résidence d’été du peintre Luc Hueber est juste en face – on l’atteint par un passage presque secret. Et la place dédiée à René Char se trouve sur les hauts du bourg, dans ce qu’on nomme ici le Staedel. Bonne découverte.
Au Lion d’Or
67290 La Petite Pierre
Tél. 03 88 01 47 57
Chambres : 110-220 €
Menus : 56, 68, 89 €
Site: www.liondor.com
















J’aime beaucoup cette idée d’une cuisine alsacienne traditionnelle revisitée avec davantage de légèreté et de modernité.