Les mélancolies de Morales

Article du 19 juillet 2026

Ne le secouez pas, comme Henri Calet, il est plein de larmes…  On connaissait Thomas Morales chroniqueur inspiré, amoureux des belles mécaniques, des films de Philippe de Broca, des écrivains hussards, des routes secondaires, des cafés où le temps suspend son vol. Avec Les tendresses de Zanzibar, il signe sans doute son livre le plus personnel, le plus dépouillé, le plus bouleversant. Il y est question d’un homme et d’une femme. D’un amour qui se construit par petites touches, de voyages, de chansons, de paysages, de silences aussi. Paris, la Corse, Rome deviennent les escales d’une géographie sentimentale où chaque lieu garde la mémoire d’un sourire, d’une étreinte, d’une promesse. Rien ici de spectaculaire : Morales préfère les nuances aux éclats, les frémissements aux effets de manche.

Son écriture possède cette élégance mélancolique qui lui est propre. Elle avance avec une douceur presque musicale, convoquant au passage Ennio Flaiano, Philippe de Broca, les actrices oubliées du cinéma italien, les chansons de Lucio Battisti et tout un art de vivre fait de lenteur, de beauté et de nostalgie. Le romancier regarde le bonheur comme on contemple un coucher de soleil : conscient qu’il ne durera pas, mais décidé à en savourer chaque seconde.Car l’ombre de la disparition traverse peu à peu ces pages. Sans jamais verser dans le pathos, Thomas Morales raconte l’irruption de la perte avec une infinie délicatesse. Son roman devient alors une lettre d’amour autant qu’un adieu, une méditation sur ce que les êtres continuent de laisser en nous lorsqu’ils ne sont plus là. L’émotion naît précisément de cette retenue. Rien n’est forcé, tout est suggéré.

En à peine cent vingt-huit pages, Thomas Morales réussit ce petit miracle : écrire un roman où la nostalgie n’étouffe pas la joie des souvenirs, où l’élégance du style accompagne la profondeur des sentiments. C’est un livre de fidélité, de mémoire, de grâce fragile, qui laisse le lecteur avec cette douce boule dans la gorge propre aux œuvres sincères. Un roman sensible, lumineux jusque dans son chagrin, qui confirme que Thomas Morales est aussi, désormais, un authentique romancier de l’intime.

Les Tendresses de Zanzibar, de Thomas Moralès  (128 pages, 14 €).

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Publié le  19 juillet 2026 par

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