Au Petit Riche
« Paris 9e : retour au Petit Riche »
Quoi de neuf dans cette demeure millésimée 1854, avec ses stucs, miroirs, mosaïques au sol, vaste comptoir d’entrée, plafonds de hauteurs variées (haut dans la salle centrale, bas dans dans les autres), beaux salons qui évoquent ceux du Café Florian à Venise, avec une équipe renouvelée et dont vous savez tout : elle ouvre désormais le dimanche! Ce qui est une des bonnes affaires de Paris.
Les prix ont su raison garder, les menus sont des caves, la carte des vins, exclusivement ligérienne, propose des crus de Loire souvent peu connus, forcément séducteurs, tarifés avec mesure. On vient pour un répertoire de cuisine bourgeoise sérieusement tenu, sous la gouverne du chef d’origine uruguayenne Juan Moncalvo, qui oeuvra jadis au Quai Voltaire, où il pratiqua la tradition franco-française avec solidité mais légèreté.
Les exemples de ce qui vous attend là ? Le pâté en croûte en amuse gueule, l’oeuf mimosa, le foie gras de canard mi-cuit et son chutney de fruit, les escargots de Burgogne persillés, les harengs fumés pommes à l’huile ou le haddock au beurre blanc et oeuf poché – grande réussite pour ce dernier. Plat star de la maison, la tête de veau aux deux sauces (ravigote et gribiche), avec langue et cervelle, servie dans cocotte en fonte, demeure au « top » de son registre.
Un petit bémol pour la dorade (bio de Sardaigne) poêlée, un tantinet sur-cuite, avec légumes rôtis et fumé citronné et un coup de chapeau en revanche à la belle quenelle de brochet Nantua qui rappelle opportunément que cette maison très parisienne appartient à la famille Lameloise, notamment propriétaire de l’immense Brasserie Georges, près de la gare de Lyon Perrache, dans la capitale des Gones.
Les vins, on le disait en liminaire, demeurent, eux, obstinément fidèles à la Loire. Et le frais savennières « Terre d’Aigle », le fruité bourgueil du domaine des Ouches, sans omettre le riche et insolite bourgueil « Rencontre » du domaine Ansodelles, dans sa bouteille bordelaise, font des escortes aimables, rappelant l’adage de Rabelais selon lesquels, bourgueils, chinons et leurs voisins du Val étaient « des vins de digestion paisible« .
Un coup de chapeau enfin aux douceurs très « tradis », elles aussi, – mais pourquoi changer une équipe qui gagne ? – comme le mont blanc, la crème brûlée très vanillée, la tarte au citron meringuée ou la belle île flottante. Voilà, une maison de confiance, qui résiste à l’épreuve du temps et à son succès.















C’est effectivement tentant. Je n’y suis pas allé depuis des siècles. J’ai redécouvert les bistrots grâce à toi, Gilles. On y mange bien. On y voit bien (mais avec la modération drastique que tu nous impose ). Et on y est presque aussi heureux qu’ici, en Indochine, où je t’attends !