Quand Jérôme Garcin passe en revue les écrivains sous l’Occup’
A la question : « quelle est votre occupation préférée? », Antoine Blondin, toujours provocateur, répondait : « l’Occupation alllemande… » C’était l’humour pince sans rire d’un hussard. Jérôme Garcin, en réponse à un voeu de Régis Debray, passe en revue les « belles lettres » sous l’Occup’, cisaille ici, taille là, loue ici encore, mêlant plume et scalpel. Les collabos, les traîtres, les fidèles, les passifs, les actifs, les résistants, les vrais, ceux qui passèrent d’un camp à l’autre, ceux qui n’ont jamais tergiversé, ceux qui sont morts les armes à la main sont ici présents, répondent à l’appel de cet observateur cultivé qui connaît son sujet. Il se moque avec finesse des tontons flingeurs Chardonne et Morand, sachant faire la part de l’un et de l’autre, après avoir épluché leur correspondance, passe Céline au tamis raconte Paulhan avec brio, le croisant avec Guéhenno, glissant sur Drieu ou Rebatet, dressant l’éloge des deux héros flamboyants et oubliés, mais auxquels il consacra chacun un livre, Jean Prévost, alias « le capitaine Goderville », mort les en combattant dans le Vercors, et Jacques Lusseyran, l’aveugle voyant. Sans oublier de citer, au passage, Eluard ou Aragon, il achève avec émotion sur la vision de Jules Roy dans son clos du Couvent face à la Madeleine de Vézelay, l’auteur de « la Guerre d’Algérie » et des « Chevaux du Soleil », mais surtout de « Danse du ventre au-dessus des canons » et de « l’Amour Fauve » qui bombarda la Ruhr en septembre 1944 et manqua de détruire la sépulture de Bach. Fougueux, vif, instructif, coruscant, joliment cravaché, voilà un récit utile qui laisse peu de (beau) monde intact…
Les mots et les actes, les belles lettres sous l’Occupation, de Jérôme Garcin (Gallimard)







