Lipp est une fête de Claude Guittard

Article du 10 mars 2024

Aisément reconnaissable grâce à ses moustaches en guidon de vélo doublées d’un regard malicieux, Claude Guittard oeuvra durant trente ans chez Lipp , d’abord comme chef de rang, puis comme directeur. S’il a pris sa retraite dans le Poitou – qui n’est pas le bout du monde – , cet Auvergnat tranquille revient chaque année pour gérer le prix Cazes. C’est dire que rien de ce qui se passe et s’est passé ici ne lui demeure étranger. Gens de politique, du cinéma, de la littéraire, vedettes du show biz’ sont venus ici goûter le cervelas arrosé d’un « sérieux » de bière comme Hemingway jadis dans « Paris est une fête », dont le titre fait évidemment écho à celui-ci. Claude Guittard déroule ici le fil de ses mémoires, narre ses débuts, évoque ses clients, les habitués, les autres, ceux, historiques, qui vinrent ici avant lui, ceux qui furent ses amis. Un repas entre Pompidou et Giscard, les soirées très arrosées d’après prix organisées par Jean-Marc Roberts, les tournages de film, de nuit (notamment « Tanguy »), afin de permettre au service « non stop » de se dérouler normalement, les différentes parties de la brasserie, purgatoire (à fond de salle), enfer (au premier étage), paradis (l’avant), le rire rocailleux et sonore de Jean-Pierre Marielle, la présence de Vincent Lindon et de Jean-Paul Belmondo (pas en même temps), un duel homérique entre Pierre Bergé et Pierre Combescot, les déjeuners secrets (vite éventés) de Dominique Rolin et Philippe Sollers (alias « Jeff ») : rien n’échappe pas à la sagacité de Claude Guittard qui sait s’adapter à tous, trouver une place à Bill Clinton alors qu’il arrive, avec les siens, sans réserver, charme Kate Moss qui danse sur les tables et sait composer avec une clientèle composite et variée. Tout cela est narré dans un charmant désordre avec le souci de n’oublier personne (alors qu’il manque cependant Robert Sabatier, auvergnat d’origine, si fidèle au lieu et qui nous fit connaître -mieux! – Roger Cazes, et avec qui nous vînmes ici si souvent le dimanche soir). On pourrait s’amuser à trouver ici quelques répétitions, prétextes à inexactitudes (comme le créateur des fameuses faïences de la brasserie, dues au père de Léon-Paul Fargue,  nommé une fois Paul, deux fois Léon (le bon prénom!). Mais ce sont là broutilles et signe qu’on lit ce livre séducteur avec plaisir et même ferveur, comme  Claude Guittard vécut son métier de chef d’orchestre et de meneur de revue hors norme.

Lipp est une fête, de Caude Guittard (Editohs du Roccher, 202 pages, 19 €.

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Publié le  10 mars 2024 par
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