Le Brest de Philippe le Guillou
Faux roman, vrai récit, à la fois témoignage et hommage aux siens, ce « Brest, de brume et de feu » démarre comme une sorte de nouveau « Cheval d’Orgueil », avec le récit des aventures du grand-père Gabriel Martin, né à Sizun dans la ferme de Kéréver, qui parcourera à pied le cours de l’Elorn pour filer vers sa destinées. Enfant sans père, bûcheur et surdoué à l’école, veillé par ses maîtres, il deviendra marin brestois. Mais ce n’est que la première figure -majeure – de ce livre gigogne où l’auteur paye tribut à ses racines. Ses autres grands-parents, les Le Guillou, les ombres des écrivains que Brest inspira – Genêt, Mac Orlan, Prévert, Robbe-Grillet -, les amis et amants perdus et retrouvés, Hélène, mystérieuse et fidèle, éclairent à leur tour cette ville maritime qu’on pourrait juger grise et diaphane et qui se révèle ici lumineuse et porteuse de mythe. Le quartier de Recouvrance, les ponts suspendus, les bars à marins, évoquant le « Querelle » de Genêt, la reconstruction abrasive d’une cité jadis élégante qui livre sa neutralité de béton immobile face à sa rade immense sont quelques unes des étapes de son cheminement. On songe à « la Forme d’une ville », dédiée par Julien Gracq à Nantes. Le Guillou, qui lui rend hommage, comme il sait rendre sa place à l’importante librairie « Dialogues », joue ici sur du velours entre mémoire et racine. Voilà un bien tribut, très personnel, payé à ses origines.
Brest, de brume et de feu, de Philippe Le Guillou (Gallimard, 416 p., 22 €.).







