Les jolis souvenirs alsaciens de Simone
Une enfance alsacienne, autour du village de Haegen, au pied du château du Haut-Barr, tout près de Saverne, avec le proche hameau de Stambach et sa gare disparue en contrepoint, la pêche dans la Mossel, l’odeur du bois dans les salles de l’école, l’omniprésence de la forêt et de ses métiers, bûcheron ou menuisier : Simone Morgenthaler raconte tout cela avec l’élégance du coeur. Elle fut chroniqueuse gastronomique à France 3 Alsace (« Sür und Siess« ), elle est devenue mémorialiste de sa région natale avec finesse et tendresse. Elle se souvient de la brique chaude placée au fond du lit l’hiver comme du goût de la chicorée dans le café autrefois. Evoque aussi les souvenirs de ses proches : De Gaulle pas encore général à Wangenbourg, le tchèque, caché dans la maison familiale, pour échapper à l’armée allemande … Les titres de ses courts chapitres en font une cousine alsacienne de Philippe Delerm : le coquillage à lécher, la boîte aux lettres jaune à liseré bleu, le petit bois aux lièvres, le haut du verger, les bateaux-balançoires, un fer à repasser sans fil. Défenseuse émérite du dialecte alsacien, la douce Simone se souvient de ses belles expressions d’enfance et a soin de traduire celles-ci pour le néophyte, ajoutant une poésie supplémentaires à ses souvenirs qui croquent si joliment en bouche, s’enfilent comme des perles, s’ouvrent comme une boîte de madeleines. Il y a là du Proust version champêtre, du Jakez Hélias façon Outre-Vosges. Ce bien joli ouvrage s’inscrit dans la lignée du Jean Egen des Tilleuls de Lautenbach et du Claude Vigée du Panier de Houblon. Voilà une bien belle lecture d’automne.
La brique au fond du lit, de Simone Morgenthaler (Editions de la Nuée Bleue, 156 pages, 20 €).








