Stéphane Hoffmann : les chiens, et ce qu’ils disent de nous
Un Dictionnaire amoureux des chiens signé Stéphane Hoffmann ? On y entre par les races, les noms, les anecdotes, les écrivains, les souvenirs ; on en ressort avec quelques portraits d’hommes et de femmes, et cette impression amusée que les compagnons à quatre pattes en savent beaucoup sur leurs maîtres. Hoffmann était prédestiné à écrire ce livre. Il aime les caractères, les singularités, les petites manies, les élégances et les ridicules. Il observe les hommes avec une tendresse qui n’exclut jamais la pointe d’ironie. Il fallait bien qu’il finisse par regarder ceux qui les accompagnent. Et quel meilleur révélateur qu’un chien ? On choisit rarement le sien par hasard. Il y a ceux qui veulent un compagnon à leur image, ceux qui cherchent une sorte de prolongement social, ceux qui prétendent éduquer quand ils ont depuis longtemps été domestiqués. Le lévrier, le bouledogue, le teckel ou le labrador racontent parfois leur propriétaire avec une précision que celui-ci préférerait peut-être ne pas reconnaître.
C’est là que le livre devient savoureux. Hoffmann ne se contente pas de célébrer la fidélité, l’intelligence ou la beauté de ces compagnons. Il regarde surtout ce qu’ils révèlent de nous. Une habitude, un prénom, une façon de parler à son animal, de le promener, de le présenter : il lui suffit de peu pour faire surgir tout un personnage. La littérature n’est jamais très loin. Colette, Simenon, Céline, Vialatte et tant d’autres ont compris avant nous que l’animal pouvait être un formidable partenaire de fiction et, parfois, un meilleur observateur de l’humanité que l’humanité elle-même. Il ne triche pas, ne pose pas, ne cherche pas à donner de lui une image avantageuse. Il regarde. On reconnaît ici la manière Hoffmann : érudite sans pédanterie, élégante sans raideur, affectueuse sans jamais verser dans la guimauve. Une écriture qui sait sourire sans pouffer, et surtout se moquer sans être méchante. Ce qui, par les temps qui courent, relève presque de la prouesse.
On picore donc ce dictionnaire comme on retrouve une vieille conversation : une entrée en appelle une autre, un souvenir en réveille un autre, une anecdote fait surgir un visage. Et l’on finit par comprendre que le véritable sujet du livre n’est pas tant l’animal que cette étrange communauté de destin qui unit depuis toujours les hommes à leurs compagnons. Les chiens en sortent grandis, naturellement. Quant aux maîtres, ils passent parfois un peu moins bien l’examen. Mais c’est précisément ce qui rend le livre si drôle, si tendre et si juste. Stéphane Hoffmann signe un dictionnaire qui parle des chiens avec beaucoup d’affection et des hommes avec juste ce qu’il faut de malice. Même si n’aimez pas les chiens, lisez le !
Dictionnaire amoureux des chiens, de Stéphane Hoffmann (Plon, 660 pages, 27 €).









