Les Perroquets d’Eric-Emmanuel Schmitt

Article du 16 septembre 2013

Les perroquets de la place d'Arezzo de Eric-Emmanuel Schmitt

Et qu’importe si on se jette sur cet ouvrage pour le mauvais motif: sexe, mensonges, cancans et tromperies en tout genre, faisant craquer le vernis social… Voilà bien le livre le plus jouissif de la rentrée : un concentré de drôlerie, d’humeur, de méchanceté, de tendresse et de satire sociale, sur plus de 700 pages qui se lisent à toute allure. On savait Eric-Emmanuel Schmitt expert en brèves histoires (« les Deux Messieurs de Bruxelles », « Odette Toulemonde et autres histoires »), en contes philosophiques (« Monsieur Ibrahim ou les fleurs du Coran », « Ulysse from Bagdad »,  jolie variation sur un Candide moderne mué en Ulysse éternel), en pièces de théâtre adroites et malicieuses (« les Variations Enigmatiques », « la Nuit de Valognes »). Avec ce gros volume qui joue à la fois la saga érotique et le récit ethnographique, il confirme qu’il est bien notre Voltaire moderne mâtiné de Laclos, à la fois conteur drolatique et moraliste épique, sachant se moquer à merveille des modes du temps, comme de ses contemporains.

Le lieu unique de son roman : une chic enclave d’Uccle au cœur d’Ixelles, une place de Bruxelles où règne perroquets et perruches bruissant de vie. Des couples aisés y vivent une vie en apparence rangée, pratiquant une sexualité débridée, entre parties fines et allers retours secrets dans les bois proches. Il y a ce duo gay presque sage, cette concierge avec son « Afghan », cette célibataire prise par le démon du jeu, cet Apollon jardinier amoureux d’une femme bien en chair, ce sosie belge de Strauss-Kahn (Zachary Bidermann !) pris … la main dans le sac, ce financier père de famille nombreuse qui cache sa vraie nature, cet écrivain rêveur usant du triolisme, ces dames apparemment banales aux amours licencieuses.

Eric-Emmanuel Schmitt © Maurice Rougemont

Eric-Emmanuel Schmitt © Maurice Rougemont

Une lettre anonyme les révèlera à eux-mêmes, bouleversant leur existence, suscitant l’intérêt constant du lecteur. Tout l’art d’Eric-Emmanuel Schmitt, dandy roué, maître conteur efficace, consiste à les mettre en scène en jouant comédie et drame, tour à tour, avec des grâces d’Arlequin funambulesque, de deus ex machina savant, tirant les ficelles de ses personnages avec sagacité. C’est drôle, brillant, finaud, futé. Et l’on se régale jusqu’à l’issue malicieuse. Bluffant !

Les perroquets de la place d’Arezzo, d’Eric-Emmanuel Schmitt (Albin Michel, 730 pages, 24,90 €).

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Publié le 16 septembre 2013 par

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