« Il faut toujours dire que tout est bien »

Article du 24 août 2010

Pour ceux qui suivent, avec fidélité, la pensée du jour de mon site facebook, voilà le poème d’où elle est extraite. On ne lit plus guère aujourd’hui Pierre Seghers, qui fut l’éditeur des poètes et un anthologiste de qualité (cf le Livre d’Or de la Poésie Française, chez Marabout). Mais plus, sans doute, René-Guy Cadou, qui fut la figure de proue de l’école de Rochefort, qui prônait « l’odeur des lys la liberté des feuilles » – mort à  31 ans en 1951 -, à qui il est dédié. Voici ce poème-éloge, qui relie Seghers à Cadou, avec sa fraîcheur intacte, sa sincérité franche, sa vraie pudeur, sa fausse naïveté.

A René-Guy Cadou
par Pierre Seghers

« Si

La mort

Vient un soir

De plus grand vent
Déchirant les arbres
Si les fleuves du ciel
S’écaillent passé l’automne
Si le bonhomme sous les feuilles
Avec la neige fond et s’enfonce
Dans le pays des sèves et des mots
Ah! si tout s’en va dans les campagnes
Un soir comme les autres, si
Les vieux voisins t’accompagnent
Rêver avec les tiens
Parmi leurs travaux
De tous les jours
Si la cloche
Pour toi
Sonne

Il faudra dire que tout est bien

Non, ce n’est rien, tout ne fut pas vain, tu accompagnes
Les songes du berger quand il paît son troupeau
Les vieilles femmes parleront de toi dans les veillées
Et d’autres te liront et sauront à vingt ans
Tes vers. Tu les diras avec leurs voix qui chantent
Dans l’aubier de leur coeur secret. Non, ce n’est rien
Tu ne te lèveras plus la nuit pour écrire
Mais ton visage que tu regardais changer
Demeurera pour eux entre l’école et le clocher

Si
Le temps
Te reprend
Tout comme avant
Si le vent qui passe
apporte avec ton nom
L’odeur des bois, de la chasse
Si le soleil et si les lys
Compagnons de ton plus grand voyage
Reviennent, si les feux reviennent, si
Un seul mot de toi suffit pour voir
Ta lampe s’allumer le soir
Si un visage qui brûle
D’un impossible espoir
Te retrouve enfin
Alors tout est
A nouveau
Pour toi
Bien

Je te le disais:

Il faut toujours dire que tout est bien »


in Le Cœur-Volant (éd. Seghers, 1954)

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Publié le 24 août 2010 par

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