Blauwershof
« Godewaersvelde : éternel Blauwershof ! »
Les gens du Nord sont formidables. Ils mangent plus, boivent bon, rient fort. Leurs belles étapes? Pas seulement des établissements raffinés comme l’Huîtrière à Lille ou la Matelote à Boulogne, mais des estaminets qui sentent la bière et le hareng, le fromage fait et la tarte au sucre. Le meilleur exemple? Le Blauwershof, sur une route anodine des Monts des Flandres, dans le bourg imprononçable de Godewaersvelde.
Littéralement, le nom du village signifie « que dieu bénisse nos champs ». Alentour, c’est la verte Flandre : champs de maïs, houblon, pommes de terre. Bref, pas de terril, ni coron, mais l’envers du Nord. Au milieu des années 1980, Kris Mercier, barbu patron éructant, façon Falstaff guilleret, avait créé son « Blauwershof », autrement dit le « repaire des fraudeurs », baptisé ainsi en hommage aux contrebandiers qui passaient la frontière franco-belge, paquets de tabac dans leur besace.
Il avait fait d’un ancien café d’angle, au rez de chaussée d’une maison de briques, avec ses salles boisées chaleureuses, un lieu culte. La demeure, récemment par Philippe Laloux, n’a pas changé. Ce timide, natif de Lille, qui a travaillé dans le bâtiment, vendant moquettes et parquets, s’est reconverti là par passion, pour que « le patrimoine ne disparaisse pas ». S’il n’a, évidemment, pas la fougue un peu terroriste de son prédécesseur – qui tutoyait et tançait chaque visiteur de hasard, a remplacé l’épique, l’hénaurme et la faconde facile, par une certaine générosité raisonnée.
Voilà , sous sa houlette bienveillante et attentive, un lieu qui a gardé son bel esprit, son sens des traditions et son accent. La bière coule là avec joliesse, moussue, du fût. Les larges tablées goûtent à la tarte à la moutarde, à la flamiche aux poireaux, comme à la tomate aux crevettes, au beau morceau de lard au oignons, comme au traditionnel potjevleesch servi avec des frites, à la carbonade, au hochepot (le pot au feu d’ici, sur commande) ou au coq à la bière, comme la tarte à la cassonade et le « pavé flamand » (crème glacée spéculos et chicorée avec meringue café »).
Tout est exécuté au petit point par la même équipe de cuisine mise en place jadis par Kris le terrible. Pas de gourmandise raffinée, bien sûr, mais l’identité flamande affirmée dans les vieilles pubs affichées au mur que dans les « géants de Flandres » exposés » dans la grande salle du fond. Et puis un cadre de taverne accorte, avec ses verres en pagaille, son houblon séché au mur, ses jeux de collection, comme la table à toupie, la « grenouille », le « marteau » ou le billard Nicolas.
Il y a de la vie dans la maison, la croyance en la ferveur éternelle du pays du Nord, de sa belle chaleur, de sa générosité, de sa gourmandise, de son identité.

















