L'Gaïette

« Lille: l’Gaiette »

Article du 26 octobre 2011

Nicolas Vue © Maurice Rougemont

Nicolas Vue, qui est né dans le 62 à Hénin-Beaumont a repris la tradition ch’ti telle qu’on l’aime dans cet estaminet à l’ancienne revu sans chichi. Nous sommes là dans le quartier Masséna, non loin des Halles et le nom du lieu désigne le minerai de charbon. Il y a un cadre étriqué au rez de chaussée, assez chaleureux, un bar comptoir en bois, des vitraux dans le goût 1900, ses collections rigolotes, ses brocs, sa lampe de mineur, ses céramiques au sol, ses banquettes en bois et ses tables du même métal, plus des chaises paillées. Bref, de la chaleur, une âme, un esprit et une certaine fidélité aux traditions du Nord qui émeut sans faiblir.

On vient là volontiers en famille, se faire fête avec des mets simples comme bonjour, bêtes comme chou. Cela s’appelle os à moelle, croquettes de crevettes, escargots au maroilles ou terrine de l’Gaiette. Evidemment, la flamiche est au maroilles, les œufs pochés brasseur sont à la bière, le croustillant de vieux Lille se mangent tout seul et le camembert frit au lait cru, moulé à la louche, servi avec sa confiture de rhubarbe, est comme une plaisanterie amusante, faite et chipée au doux et voisin pays normand.

Croquette de crevettes © Maurice Rougemont

Nicolas qui sert les bières, en propose une dizaine, blondes, ambrées, blanches. Mais la Goudale à la pression, issue de haute fermentation se boit à la régalade. La Trois Monts ou la blonde d’Esquelbecq, issue de grains pur malt non filtrés, la Saison St Médard, ambrée sur lie de l’Avesnois, comme la rouge Flamande et la Esquelbecquoise au froment sont à la fois breuvages gourmands et des bières de soif. Elles accompagnent à merveille ces plats à partager qui font la joie des familles ici rassemblées.

L’escalope thiérachienne, le welsch rarebit, le travers de porc au miel et la carbonnade flamande, comme le potjevleesch maison – ce qui n’est point si courant – sont de ces mets de cœur qui réchauffent quand la méchante brise du Nord souffle sur la grand place ou balaye la rue gourmande au dehors. On goûte encore ou, plutôt, on hésite entre les chicons au gratin, le poulet dit « de l’since » au maroilles, sans omettre le pavé de saumon à la boulonnaise.

Les plats s’escortent de belles grosses frites moelleuses et croquantes, faites à la graisse de bœuf, estampillée maison. Les douceurs, qui sont d’ici et de là, amuseront les becs sucrés. Ainsi la classique tarte à la cassonade, la gaufre du « Ch’nord », la tarte à la rhubarbe avec sa confiture de cidre, sans omettre le ch’tiramisu qui est une petite concession à la mode italienne, mais où le biscuit à la cuiller à l’italienne a été remplacé par de la pâte à spéculos.

Potjevleesch © Maurice Rougemont

Bref, le lieu n’a pas seulement bonne mine. Il est bon tout court. Même s’il ne prétend guère qu’à nourrir au moindre coût des gens (du Nord et d’ailleurs) qui viennent chercher ici un air d’authenticité et de chaleur en ville. Il est de bon ton de Lille ne possède que de faux estaminet. En voici un « vrai ».

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Publié le 26 octobre 2011 par

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