Le chant de Paris de Charles Dantzig

Article du 6 février 2024

« Dans une ville comme Paris, tout change tous les cinq ans. En province, tout reste identique pendant cinq cent ans« : voilà, ce qu’on peut relever, entre autres, dans le livre brillant et bigarré de Charles Dantzig qui nous livre ici une grande fresque dédiée à la capitale. « Gens de Paris« , aurait-il pu la titrer évoquant le bruit de Paris comme Joyce évoquait les murmures de Dublin dans son « Dubliners« , traduit en français par « Gens de Dublin« . On aurait pu également titrer le chant de Paris, car le brouhaha de la ville, ses chuchotis, ses racontars dominent ici le sujet. Les personnages ? Animaux et humains, comme ces mouettes, rats, corbeaux, papillons de nuit, lézard à tête d’empereur, insectes (dans un gingko biloba!), chat (nommé Xanax) baillant et se querellant, teckel (prénommé Guillaume, comme le Kaiser Guillaume II) réfléchissant aux murs de Paris pourraient faire penser penser à une fable de la Fontaine. Mais il y a Gabrielle la galeriste qui regarde ses tableaux comme un miroir, voit sa mère décliner, sa fille prendre son envol,, il y a son ami Victor Vonnevy, l’écrivain qui (ne) court (plus guère) après sa gloire passée, qui rédigea jadis avec brio une « Place de l’Estrapade » pleine de vigueur et que l’inspiration déserte, Victorien, fils de Victor, qui veut devenir artiste, Wilson, l’escort boy brésilien, qui, entre deux passes, suit des cours d’histoire de l’art, puis Khadija, la maire de Paris, que tout le monde affecte de détester, mais qui pratique avec succès la flatterie agile. Paris est une ville où il faut se battre pour vivre, où l’on est perpétuellement jugé par autrui, où le faux semblant est érigé en règle d’or. « A Paris, adorer veut dire estimer, ami veut dire fréquentation et esprit veut dire ricanement« , estime Victor, qui pourrait apparaître ici comme le double de l’auteur, qui est à la fois éditeur, écrivain, anthologiste, traducteur, poète et se révèle ici moraliste. On pense, bien sûr, au « Berlin Alexanderplatz » de Döblin et l’on se dit que l’insaisissable Dantzig dont on aima « le dictionnaire égoïste de la littérature française » et ‘l’encyclopédie capricieuse du tout et du rien ». comme son son « Histoire de l’amour et de la haine« , a écrit là son grand livre, riche, comme toujours, de sentences courant vers l’aphorisme mais aussi de cent récits qui tissent une toile ressemble fort au Paris mosaïque d’aujourd’hui.

 Paris dans tous ses siècles, de  Charles Dantzig (Grasset, 372p., 22€)

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Publié le 6 février 2024 par

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