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Le Café du Jura

« Lyon: mon bonheur au Jura »

Article du 14 octobre 2011

Brigitte et Benoît dressent la nappe © Maurice Rougemont

Le lieu avec sa façade boisée, ses inscriptions dédiées aux vignobles d’ici et de là, son intérieur sombre qui ne laisse passer la lumière qu’en demi-teinte, au beau milieu de la presqu’île, entre Saône et Rhône, est représentatif au plus au point de l’esprit lyonnais.

La vieille caisse du Jura © Maurice Rougemont

Un bistrot ? Un bouchon ! Et même l’archétype du genre. Les Josserand sont là depuis quatre décennies. Longtemps, Henri, la calvitie flamboyante et la moustache en bataille, servait les coups de montagnieu au bar, tandis que Brigitte mitonnait, avec componction, andouillette au vin blanc, morue demi-sel ou foie de veau à la crème moutardée. Bref, tous ces mets qui disent la tradition d’ici.

La carte du Café du Jura © Maurice Rougemont

Je me souviens y être venu à la fin des années 1980 avec le père Bobosse qui n’y vendait pas pourtant ses andouillettes. On avait tout goûté – le pied de porc gratiné, le foie de veau, les clapotons, la poire au vin au cassis – et on était reparti, après avoir fait un sort à quelques pots de beaujolais friands, un peu pompette, avec le plein de soleil dans la tête. Le lieu, lui, n’a pas changé.

Les habitués du Café du Jura © Maurice Rougemont

Même si Henri, enlevé à la demeure par un sort cruel, n’est plus. Il a été remplacé par son fils Benoît, qui donne de la vivacité au lieu, propose le saint-amour du clos du Chapitre, le chenas la Croix Barraud ou le brouilly de Demiane, avec précision, justesse de ton, sans emphase (« vous voulez du fruit et de la structure ? Ou les deux ? ») à une clientèle vite aspirée par la douce ambiance du lieu.

Au Café du Jura © Maurice Rougemont

Les vieux clients s’y mêlent aux touristes, les hommes de loi aux gens de presse, les Japonais aux Parisiens, les Lyonnais aux gens de partout. Brigitte, qui fut jadis employée de bureau, a repris les recettes anciennes, non seulement celles de sa belle-mère, qui fut cuisinière en maison bourgeoise, mais encore de sa « prédécesseuse », telle qu’en témoigne la fameuse « tête de veau Hélène Neveu », une belle tranche fine d’abat gélatineux et craquante à la fois, avec sa mayonnaise détendue au vinaigre de vin et au vin rouge. Magnifique !

Brigitte et Benoît près du bar © Maurice Rougemont

Cette cuisine, qui truste la tradition d’ici, joue le met canaille, l’abat alerte et la cochonnaille amusante, se veut d’abord savoureuse et, selon un mot que je n’emploie guère, mais qui ici prend tout son sens, goûteuse. Comme Brigitte elle-même, ses mets ont du caractère : terrine de veau aux trompettes, salade garnie d’œufs et harengs, salade de pieds de veau « découpés par nos soins », tablier de sapeur (autrement dit gras doublé pané) sauce Choron, qui est, comme nul ne l’ignore, une béarnaise tomatée, ou encore homérique foie de veau à la crème de moutarde.

MosaÏque de plats au Jura © Maurice Rougemont

Brigitte, qui a ses humeurs, vous accueille en râlant, sur l’air de : « vous êtes toujours aussi à l’heure !» ou « ici on n’est pas à Paris ». Elle râle contre les gens pressés (« qui n’ont pas leur place ici« , dit elle), réclame du temps au temps, rappelle sur sa carte, s’agissant de sa philosophie, « ma cuisine ne se résume pas à remplir un four à micro-onde, que d’ailleurs, je n’ai pas ». Bref, on lui fait confiance, à elle et à Benoît. Qui conseille encore le diplomate aux fruits  confits et au rhum, la tarte aux pralines roses, le joli parfait glacé à la verveine du Velay.

Benoît et Brigitte au Jura © Maurice Rougemont

Bref, on se régale, et on accepte la loi commune, celle des Josserand, qui ouvrent tôt, ferment tôt, dressent leurs tables de marbre de nappes blanches immaculées. Brigitte relaye, après son service, Benoît en salle, pour jeter du sciure au sol, l’aide à remettre les choses en ordre, afin que la représentation du soir soit aussi impeccable que celle de midi. Un souffle de sérénité et de bonheur règne sur le Jura.

Le Café du Jura

25, rue Tupin
69002 Lyon
Tél. 04 78 42 20 57
Menus : 24,50 €
Carte : 38 €

A propos de cet article

Publié le 14 octobre 2011 par

Le Café du Jura” : 3 avis

  • Feuilly

    Déception au Café du Jura : que sont devenus les bouchons lyonnais mon cher Gilles ?
    J’ai quelque peu cillé à la lecture de ton papier sur ce bouchon, certes historique mais qui ne vivait plus que dans mes souvenirs. Et j’ai pensé qu’il fallait remettre mes pendules à l’heure, comme je l’ai fait récemment avec Hugon (déception totale), Abel devenu un repaire de touristes et qui ne vaut pas grand-chose (carte des beaujolais quasi inexistante), La Mâchonnerie reprise par Joseph Viola (excellent) et du même, Daniel et Denise (bon classique). Le décor du Jura n’a subi aucune cure de rajeunissement et cela est bien ainsi. La cuisine ? Tu en dresses un éloge flatteur. J’y fus samedi passé au déjeuner. Nous étions trois bonnes bouches, je crois. Terrine maison sans goût aucun, salade de pied de veau idem et tête de veau indigne, grise mais grise, totalement fade et une sauce vraiment très détendue pas relevée du tout, andouillette en fricassée sans consistance avec une sauce transparente, tablier de sapeur sec comme un coup de trique, pané-réchauffé, et flanqué d’une choron à l’identique des autres sauces. La glace qui accompagnait la tarte aux pralines semblait sortir tout droit de Carte d’Or. La carte des vins du Beaujolais ne représente guère la jeune génération montante des vignerons (nous avons bu un brouilly correct du Château Thivin) et l’ambiance est à la peine avec un public pas très en joie semblait-il, alors que le jeune service n’avait qu’une hâte, celle d’enlever son tablier… Lyon, que sont devenus tes bouchons ?

  • Estelle

    Une réelle adresse à privilégier si vous êtes de passage à Lyon. Une ambiance authentique autant dans les plats que dans la salle.
    Des quenelles au gâteau de foie en passant par la tarte à la praline, nous n’avons pas été déçus. Ici même le pain est de qualité!

  • SAUCOURT

    Pour moi, c’est un régal pur! Une cuisine d’une finesse exceptionnelle! Un bouchon comme ça : il ne faut pas passer à côté! J’en ai l’eau à la bouche, juste d’en parler!!!
    Sans parler d’une ambiance « vraie », une ambiance « bouchonnaise » qu’on ne trouve pas ailleurs et sans oublier le lieu qui est une pure merveille!

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Le Café du Jura