FOG : l’histoire comme jeu de massacre

Article du 5 décembre 2023

Chapeau, Franz! Il arrive au terme de son « histoire intime de la Ve république » avec le talent de maître conteur que l’on sait, en tirant sur tout ce qui bouge – ou bougeait – et l’on ne s’ennuie pas une minute en achevant son 3e volume. Pour un peu, on en redemanderait ! On a, bien sûr, raffolé de ses deux premiers tomes (le Sursaut, dédié aux années de De Gaulle, la Belle Epoque consacré aux présidences Pompidou et VGE). Voilà que FOG navigue au plus près de lui-même. Les protagonistes de son nouveau livre, il les tutoie tous, les connais tous intiment, les aime ou les méprise  – les deux parfois ensemble ou alternativement -, les raconte humour, verve, drôlerie, passion, saine méchanceté, sans manigance, livrant les secrets dévoilés en salon, en « off », dans une alcôve, au terme d’un repas bien arrosé. On boit beaucoup et on mange pas mal dans ce 3e et dernier volume. Cette « tragédie française », ce titre provocateur, c’est le déficit de la France qui s’allonge, le budget qui voit les trous, les manques, les fausses promesses ou les vraies désillusions s’accumuler sans vergogne. Fraternel avec Pierre Mauroy, d’une tendresse filiale avec ce grand fauve lettré et si intelligent qu’est François Mitterrand, sans pitié aucune avec Laurent Fabius (« il pense pauvre et parle plat »), frisant même parfois le règlement de comptes (« symbole jusqu’à la caricature d’une classe politique mollasse qui se fiche de l’intérêt général« ), il a des faiblesses évidentes pour ce « menteur professionnel« , mais si humain qu’est Jacques Chirac, se trouve des ressemblances avec Villepin (« il est aussi fou que moi« ), vu pourtant comme « un courant d’air dans une porte ouverte« . Et même si Nicolas Sarkozy réclame sa tête à François Pinault (qui va, au contraire, renforcer le pouvoir de son protégé), il le défend lorsque les juges le veulent lui faire la peau et plus, rend, malgré tout, hommage à François Hollande, contre Martine Aubry, mais n’est guère amène avec Emmanuel Macron coupable d' »égocratie‘ ». Drôle, vif, brillant, on l’a dit, méchant, inattendu parfois, toujours surprenant, ce livre qui se veut le constat pessimiste d’une France qui décline, devant les déficits, l’immigration abusive, les menaces grandissantes de l’islamisme, l’antisémitisme qui renaît, l’impéritie de ses dirigeants (peu échappent à ses sarcasmes – seul peut être Bruno Lemaire qui « écrit comme un dieu« ). Evoquant la mort ses stars d’hier (celle de Johnny nous vaut quelques belles lignes), comme sa vie intime et ses amours successifs et parallèles (de la discrète Christine à la glamour Nahed, sans omettre l’effacée Natalie ni la brillante Valérie), notre Franz national, qui s’égratigne au passage et fait, quand il le faut, sinon son mea culpa, du moins se livre à quelques joyeux exercices  de contrition sinon d’auto-flagellation. Bref, il joue ici sur du velours, racontant ses « choses vues », rendant hommage à ses amis et grands témoins d’hier et d’aujourd’hui, de la littérature, de la philosophie de la presses aux méandres balzaciens (de Julien Green à Michel Onfray, de Jacques Julliard à Jean Daniel et à … Robert Hersant), mêlant toujours le néologisme amusant , le j’m’enfoutisme langagier (comme ces « réponds-je » répétés plusieurs fois et qui ont dû échapper aux correcteurs de Gallimard) et le patois marseillais (Sarkozy et Hollande sont « empégués« …). Voilà, comme disent les anglo-saxons, un « page turner » de haut vol et dont nul – pas même l’auteur – ne sort indemne.

Histoire intime de la Ve république : Tragédie Française, de Franz-Olivier Giesbert (Gallimard, 499 pages, 22 €).

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Publié le 5 décembre 2023 par

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