Le sacre des pantoufles par Pascal Bruckner

Article du 25 janvier 2023

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On l’a suivi récemment, en penseur-randonneur, à la montagne, après qu’il ait – longuement – disserté sur une « brève éternité ». Pascal Bruckner, que l’on poursuit depuis « le nouveau désordre amoureux » (en 1977, rédigé alors avec son copain Finky…), s’interroge aujourd’hui sur le repli sur soi et, mieux, sur son chez-soi. Comme Oblomov, héros russe de Gontcharov, qui cache sa crainte du monde en s’inventant des peurs paniques et une impossibilité d’exister jusqu’à ne vivre que pour son propre repos et sa mise en sommeil, l’homme moderne a choisi Netflix, un auto-confinement salutaire et la méfiance envers tout vagabondage. S’interdire le voyage, penser, comme Pascal, que « tout le malheur des hommes est de ne pas savoir demeurer au repos dans une chambre« , se satisfaire, comme Xavier de Maistre, de « voyage(r) autour de (sa) chambre » : voilà la destinée des « jusqu’aux boutistes de l’insignifiance« . Drôle, vif, malicieux, remarquablement instruit par un philosophe empirique et pragmatique de notre temps, voilà, mine de rien, un petit essai instructif, qui donne, malgré toutes les bombes, tous les terrorismes et toutes les guerres, tous les tracas du quotidien et d’un univers de plus en plus éclaté, envie de mettre le nez dehors.

Le sacre des pantoufles, du renoncement au monde, de Pascal Bruckner (Grasset, 162 pages, 18 €).

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Publié le 25 janvier 2023 par
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