Sessenheim : le souvenir de Goethe

Article du 4 octobre 2022

Le mémorial Goethe © GP

Depuis Wissembourg puis Bischwiller, descendons vers le Rhin, découvrons le Ried. Voilà Sessenheim : un vrai village alsacien d’antan avec ses deux églises, son mémorial, son musée, caché derrière une très bonne table (« Au Bœuf ») : nous sommes chez Johann-Wolfgang Von Goethe (Francfort 1749- Weimar 1832), en territoire romantique.

Buste du poète © GP

Goethe en Alsace ? Une légende vraie. Que nos voisins germains viennent éprouver en nombre, lors de leurs pèlerinages du dimanche. Il est jeune encore, a 21 ans, a débuté son droit à Francfort, décide de l’achever à Strasbourg, afin de rentrer en contact étroitement avec la culture et la langue française. C’est le moment où il rencontre son ami Johan Gottfried von Herder, auteur d’écrits sur Ossian et Shakespeare, avec qui il fonde le “ Sturm und Drang ”, mouvement poétique destiné à en finir avec l’idéal classique de la raison et à porter au pinacle la sensibilité et le génie.

L’église protestante © GP

Herder le conduit à délaisser l’intellectualisme desséchant pour laisser libre cours à son inspiration et se nourrir d’énergie naturelle et de passion. L’irrationalité, la spontanéité, la nature : voilà ce que le jeune Goethe éprouve et que son amour pour Frédérique Brion lui révèle.

Cette dernière naît en avril 1752 à Niederroedern, dans le canton de Seltz, au nord de l’Alsace. Son père, le pasteur Jean-Jacques Brion, vient, en 1760 dans le Ried, à une quarantaine de kilomètres de Strasbourg, remplacer son confrère H.G. Schweppenhaüser. En octobre 1770, il reçoit la visite de F.L. Weyland, ami de la famille, qu’accompagne un jeune étudiant nommé Johann Wolfgang Von Goethe. Une idylle naît alors entre ce dernier et la fille du pasteur qui a 18 ans.

La grange de Goethe et Frédérique © GP

Promenades dans la campagne, visites au presbytère, jeux de société, lectures, conversations passionnées unissent – platoniquement ? – Goethe le poète prêt à s’éprendre vivement pour une petite Française, la belle Frédérique Brion. Comme l’écrit Jean-Paul de Dadelsen dans « Goethe en Alsace » (Le Temps qu’il Fait, 1982, rééd. Do Betzinger 2011) : « Personne, jamais plus, ne saura ce qui s’est passé en mai, en juin 1771, personne ne pourra plus dire si Wolfgang et Frédérique ont été ou non amants. »

On imagine les marches dans les champs alentour, les rêveries buissonnières, la halte dans les auberges. Mais on n’en sait guère plus. L’idylle de Sessenheim est un patient mystère que prolongent les souvenirs du village. Un mémorial, un musée avec ses photos, ses gravures, ses objets au restaurant Au Bœuf.

Musée Goethe au Boeuf © GP

Proche de Strasbourg, Sessenheim est devenu, on l’a dit en liminaire, un lieu de pèlerinage littéraire. Reçu docteur en droit en août 1771, Goethe se résout à quitter Strasbourg pour regagner Francfort. Il laisse Frédérique le cœur brisé. Il la reverra une fois en 1779, non sans avoir évoqué cet amour absolu dans deux poèmes importants : «  Bienvenue et Adieu » et « Rose des Bruyères ».

Rue Frédérique Brion © GP

Le pasteur Brion meurt le 14 octobre 1787. Il est enterré aux côtés de sa femme, décédée un an plus tôt, au cimetière de Sessenheim qui se trouvait, à cette époque, autour de l’église. Seule, désormais, Frédérique, après un séjour à Rothau, se retire en 1805 près de Lahr, au pays de Bade, à Meissenheim, chez sa soeur Salomé (« Olivie » pour Goethe) et son beau-frère, le pasteur Marx.
A tout jamais marquée par cette flamboyante passion de jeunesse, elle achève sa vie dans une sorte de célibat laïque et poétique. Elle meurt à Meissenheim, le 13 avril 1813, et est enterrée à côté de l’église. Son épitaphe rappelle qu’un « rayon de soleil du poète lui conféra l’immortalité ».

Evocation de Goethe au mémorial © GP

(Ce texte qui figure dans l‘Alsace des Ecrivains, signé de votre serviteur et paru aux éditions Alexandrines)

 

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Publié le 4 octobre 2022 par
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