Les Néthanyahou de Joshua Cohen

Article du 1 mars 2022

Le titre du livre peut, certes, prêter à confusion. Mais Joshua Cohen, qui n’en est pas à son premier essai (cf « David King s’occupe de tout »,  paru en 2019), joue, malicieusement avec l’histoire. Il imagine la rencontre – ou plutôt l’intrusion – durant l’hiver 1959/1960 de la famille de Bibi Netanyahou, de son père Ben-Zion, sioniste révisionniste, spécialiste de l’inquisition et des juifs d’Espagne, de sa mère et de ses deux frères, aîné et cadet, dans la paisible université Corbin de la petite ville de Corbindale au nord de l’Etat de New York. Mais cette arrivée picaresque n’intervient qu’à la page 204 d’un livre qui en compte 347. Autant dire que ce roman drôle, intelligent, caustique, avec ses références incessantes à l’histoire américaine vue du point de vue du judaïsme américain par un jeune auteur qui se veut l’héritier de Philippe Roth, de Bernard Malamud ou de Saul Bellow, joue sur le déséquilibre, sur le bavardage, sur les situations imprévues et imprévisibles. Le véritable héros du livre, son personnage central, qui est le narrateur et se présente dès la première ligne de la première page est un universitaire américain, historien, Ruben Blum, seul juif de l’université Corbin et chargé par ses pairs d’évaluer la candidature du déjà nommé Ben-Zion Nétanyahou. Avec Ruben Blum dit « Rube » toute sa famille très agitée, sa fille, dont la principale obsession est de se refaire le nez, et sa femme Edith, si patiente, si mesurée, plus les parents et les beaux-parents, totalement désaxés, droits sortis d’un film de Woody Allen, confèrent son prix, son poids, son sel et piquant à cette histoire qui tournera à l’aigre sur un mode de la comédie burlesque avec l’arrivée hellzapoppinienne de la famille Néthanyou, le père Ben-Zion et ses trois insupportables garnements. On n’en dit pas plus. En glissant que ce roman à la fois drôle, riche, extravagant, insolite, superbement informé et qui fait de la digression un bel art, est un pur bonheur de lecture.

Les Nétanyahou, de Joshua Cohen, traduit de l’anglais par Stéphane Vanderhaeghe (Grasset, 347 pages, 22 €).

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Publié le 1 mars 2022 par
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