Le voyage dans l’Est de Christine Angot

Article du 6 septembre 2021

 

 

Si l’on suit Christine Angot de plus de deux décennies, on connaît déjà le sujet central de ce livre et de son oeuvre : cet inceste que lui a fait subir son père qu’elle n’a connu qu’à l’âge de treize ans, qu’elle aurait sans doute voulu aimer, mais qui ne lui en guère laissé la possibilité, la traitant comme un objet à réduire autant qu’à séduire. Mais ce livre-ci, qui est une manière de bilan, de règlement de comptes (une fois pour toutes…) vis à vis de ce géniteur/séducteur qui le fascine et abuse d’elle – il est cultivé, bien habillé, mégalomane, parle vingt cinq langues et dirige le service le traduction du parlement européen à Strasbourg, finira par mourir d’un alzheimer, lui que se vantait tant de son immense mémoire – se donne pour ce qu’il est :  un grand roman, glaçant, fascinant, sur une emprise, un esclavage volontaire, une séduction malfaisante. De 13 à 28 ans, de Strasbourg à Nice, en passant par Paris, Angot, qui se dévoile prisonnière de ses silences, écolière en proie à ses doutes et à sa solitude, jeune épouse et jeune mère, évoque avec une précision de style aigüe, vive, tranchante, cette emprise et cet « amour impossible » (Flammarion, 2015). Sans fioriture, ni les précision sexuelles d’une semaine de vacances » (Flammarion, 2012), on retrouvera ici des scènes lues, connues, des chemins empruntés déjà ailleurs, mais avec une sobriété accrue, offrant un nouveau regard sur  cette douleur vive, ressentie, infligée, clinique, d’une justesse de ton sans faille. Bref, voilà un beau roman d’auto-fiction qui se lit d’une traite comme on assiste à une épreuve de force. Le miracle est, bien sûr, d’avoir transformé en perle littéraire une terrible expérience humaine.

Le Voyage dans l’Est, de Christine Angot (Flammarion, 215 pages).

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Publié le 6 septembre 2021 par
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