L’ode à Giono d’Emmanuelle Lambert

Article du 25 avril 2021

Elle prépare une exposition globale sur Jean Giono, qui aura lieu au MUCEM, à Marseille, à l’occasion des cinquante ans de la mort de l’écrivain, loge à Manosque, visite la maison de l’auteur de « Jean le Bleu » et de « Que ma joie demeure », fouille dans ses archives, ouvre une boîte dont une étiquette indique « papa en vrac« , ausculte des photos, disserte de son oeuvre, nous le révèle tel qu’il fut : le débutant, l’écrivain solaire mais aimant l’ombre, le pacifiste, qui connut deux fois la prison, le voyageur immobile (dont on aima tant, pourtant, « Voyage en Italie »), le père aimant, le mari discret, l’homme couvert de femmes – mais c’était un secret. Emmanuelle Lambert raconte tout et plus encore avec une belle richesse de mots, décortique son sujet avec minutie, comme si elle usait d’un scalpel. On comprend la différence entre la Provence rigolarde de Pagnol et celle tragique de Giono, même si le second inspira la premier. Le goût de la mort, le suicide (multiple, mais celui au bâton de dynamite à l’issue d' »un Roi sans divertissement » est sans doute unique en littérarature), la quête effrénée de la  paix, le goût de la solitude, le combat écologique bien avant que ce ne soit la mode : on trouve tout cela chez Giono. Et ce livre, initialement paru chez Stock, lauréé par le prix Fémina de l’essai 2019, que cette belle édition en poche ornée d’une gouache aux couleurs fortes de Derain, mérite d’être relu pour lui-même. Voilà, certes, une ode à Giono, une lumineuse introduction à son oeuvre, avec de précieux éclaircissements sur le personnage, fils de cordonnier devenu académicien Goncourt, auteur révéré, nobélisable, demeuré fidèle à son pays haut provençal et aux siens par tous, ce héraut panthéiste, aède du sentiment tragique de l’individu perdu dans son temps. Dense, riche, précieux, cet essai/portrait, dont l’auteur prend soin de se raconter, donnant son sentiment sur ses non-engagements, évoquant une Manosque enténébré par la chaleur (« tout se mêle et tout est flou, il faut fermer les yeux pour y voir clair« ), fait revivre avec force, vigueur et émotion le conteur émérite du « Moulin de Pologne », de « l’Iris de Suze » et du « Chant du Monde ». Un bien bel exercice de stèle.

Giono, Furioso, d’Emmanuelle Lambert (Folio, 208 pages, 7,90 €).

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Publié le 25 avril 2021 par
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