Fraenkel, un éclair dans la nuit de Gérard Guégan

Article du 14 avril 2021

Guérard Guégan : nos lecteurs connaissent. Ecrivain brillant, communiste repenti, anar de hasard, féru de culture, expert en histoire du XXe siècle, l’auteur de « la Rage au coeur » et des « Irréguliers » sait poursuivre avec allant les ombres disparues. Il écrit vite, droit, dru, mais ne s’avance jamais sans munition. De ses personnages, qu’il tutoie, malaxe, ressuscite, il sait tout et nous ne nous cache rien. Il s’en est pris à Aragon, à Drieu, à Fontenoy (qui « ne reviendra plus« ), à Boukharine. Le voici redonnant vie à une figure méconnue du surréalisme. Etudiant en médecine, condisciple d’Aragon et d’André Breton, partageant avec eux les espoirs d’une remise en cause des arts et de la société de leur époque, à l’aube d’un siècle neuf, Théodore Fraenkel participe à tous les combats, toutes les guerres, toutes les révolutions, mondiales ou civiles. En Russie, en Espagne, des tranchées d’Argonne aux Baléares, du ciel d’Allemagne avec l’escadrille de Normandie-Niemen à l’Algérie, sans oublier Pigalle, Montmartre et Montparnasse, il traverse en trombe les épreuves de son temps. Le dadaïsme, le communisme, le surréalisme, aucun des « ismes » qui surgissent ne lui échappe. Ni ne l’accable. Il en joue, s’en déjoue. Ses passions amoureuses – qu’elles se nomment Mirotchka ou Bianca – s’achèvent souvent mal. Mais tout passe. Et la vie continue. Guégan, qui s’attache avec panache aux perdant magnifiques, glissent les suicidés, les disparus, les maudits des années 1930, les Vaché, Rigaut, Desnos, Crevel, en profite pour évoquer la silhouette de ce précieux sujet avec élégance, prestance, intelligence, subtilité. Une éminence grise, un miroir, une ombre cachée ou un « éclair dans la nuit » : Fraenkel était bien tout cela à la fois. A travers lui, c’est tout un pan de la littérature française, des arts, de l’engagement, qui resurgit, se recrée, se joue, se donne ici à voir avec patience et turbulence. La réalité fait toujours bien meilleur effet que la fiction. Sa vie était un roman. Grâce à Gérard Guégan, on se souviendra de Théodore Fraenkel.

Fraenkel, un éclair dans la nuit, de Gérard Guégan (Editions de l’Olivier, 312 pages, 19 €.)

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Publié le 14 avril 2021 par
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