La Sidération de Laurence Benaïm

Article du 25 février 2021

Elle est la biographe de Yves Saint-Laurent (né comme son père à Oran), de Jean-Michel Frank et de Marie-Laure de Noailles (« la vicomtesse du bizarre« ). Jusqu’ici, elle ne parlait pas que des autres, de Christian Dior, d’Azzedine Alaïa ou d’Issey Miyake. Cette fois-ci, Laurence Benaïm, fondatrice de Stiletto, qui travailla au Monde et à l’Express, demeure conseillère éditoriale au Figaro et que je vis démarrer jadis comme brillante stagiaire aux Nouvelles Littéraires, se penche sur elle-même, ou plutôt sur ses parents, Nicole et Paul. Mais c’est bien sa mère, juive ashkenaze, dont les deux sœurs, Mirla et Chana, disparurent à Auschwitz, qui figure au centre du livre, à qui celui-ci s’adresse. Laurence se coule dans l’esprit de sa mère, retrouve ses papiers, son journal, ses souvenirs, se raconte, enfant réfugiée au pays d’Othe, aux frontières de la Bourgogne et au sud de la Champagne, réchappée comme miracle de la Shoah. Elle évoque ses grands parents, natifs de Pologne, ce grand-père casquetier, qui perdit tôt sa première femme, la famille de son père aussi, séfarades d’Algérie, nés au pays de Camus, avec leurs traditions, leurs gourmandises, leur gaîté tempérée, si différente de la famille yiddishisante de sa mère. De ce récit, de cette opposition, vécue comme une dichotomie, puis comme un enrichissement, elle titre un récit riche, dense, bouleversant, au terme duquel la figure du père apparaît avec force et faiblesse.

Je ne suis pas sûr pas que le titre (« la Sidération ») soit celui qui convient le mieux à cette quête/enquête vécue comme un devoir, conçue comme une lettre d’adieu. Mais l’essentiel est bien ce qui se trame ici entre les lignes. C’est, comme toujours avec Laurence Benaïm, rédigé avec finesse, élégance et subtilité. Il y a là plus de considération que de sidération, plus de révélation que de surprise ou d’imprévu. Voilà en tout un récit personnel, musical, bien tempéré, dont l’exceptionnelle densité retient avec force.

La Sidération de Laurence Benaïm (Stock, 282 pages, 20€)

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Publié le 25 février 2021 par

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