La leçon de bien vieillir de Bernard Pivot

Article du 6 février 2021

Guillaume Jurus est éditeur en retraite. Il a régné sur le monde des lettres, depuis son bureau des discrètes éditions Montenotte, vient de dépasser les 82 ans, participe avec ses copains des JOP (les joyeux octogénaires parisiens) à de plaisants déjeuners qui lui permettent d’échanger avec eux de belles leçons de vie, de vider de jolis verres de bourgogne, a une prédilection pour le chambertin clos de Bèze, même si son chat s’appelle Pommard, édicte des leçons de vie et surtout de bien vieillir, échange sur la sagesse avec son complice Octo, disserte avec Coco Bel l’Oeil, ex agent immobilier habile, plus jeune qu’eux d’une décennie, fort disert sur des conquêtes qui n’aboutissent guère, révère Nona, la doyenne du petit groupe, d’une santé insolente à 95 ans, copine avec deux couples, les Guermillon, soudés par l’animosité qui ont fait de leurs querelles un ciment de leur vibrante passion, sans omettre les Blazic, plus sages, plus souples, plus vertueux. Notre Guillaume, qui ressemble, avec trois ans de moins à Bernard Pivot, vit avec une (plus jeune) compagne vétérinaire que la distance sépare et rapproche. Il conte, dans ce roman en forme de conte moral, toutes les belles et bonnes raisons de vieillir mieux, de rechercher les « plus » et les « moins » de l’ère moderne.

Voilà donc un homme aux cheveux blancs à qui on laisse volontiers la place dans le métro, qui devient un as du smartphone, mais peine à retenir ses codes et mots de passe, use de WhatsApp pour communiquer avec son fils et sa famille émigrée en Nouvelle Zélande, craint les chutes, les aigreurs (merci Mopral) ou Alzheimer, livre ici la liste de ses bons trucs pour ne pas se plaindre d’entrer dans le « grand âge ». C’est du meilleur Pivot, drôle, vif, alerte, souvent picaresque, riche de beaucoup d’enseignements, qui se lit vite, en hoquetant avec de rire, puis en prenant son temps, que l’on peut aisément recommander, en sage posologie, aux jeunes comme aux vieux, à prendre et à reprendre en saine lecture douce, un peu le matin et un peu le soir.

Par exemple, cette perle sur le temps qui place trop vite ou pas assez : « A long terme, je n’ai plus beaucoup de temps ; à court terme, j’ai tout mon temps. C’est un paradoxe sur lequel je médite en prenant mon temps ». Merci Bernard!

…mais la vie continue de Bernard Pivot (Albin Michel, 222 pages, 19,90 €).

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Publié le 6 février 2021 par

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