La mer Noire dans les Grands Lacs d’Annie Lulu

Article du 6 février 2021

Le titre, poétique et nébuleux, résume une bonne partie du livre. La mer Noire évoque la Roumanie, où est née l’auteur, son héroïne, sa mère, celle de l’héroïne, dont on image qu’elle représente son double. Les Grands Lacs désignent eux le Congo Kinshasa, autrement dit le Zaïre ou, pour faire plus actuel, la RDC, pays de naissance du père de l’auteur et de son héroïne, étudiant africain à Bucarest au temps du communisme conquérant. Ce premier roman conte une quête forcenée : celle d’un père absent.

Elevée en Roumanie par sa mère Elena, en butte au racisme, aux préjugés, à la médisance, Nili connaît, toute petite, les affres des derniers temps de la dictature de Ceaucescu, puis la nouvelle Roumanie naissante, s’exile à Paris pour faire à son tour des études dont sa mère, si exigeante, puisse être fière, puis part en Afrique de la figure paternelle. L’écriture est riche, flamboyante, le propos douloureux, passionnant, le récit savamment tenu, pédagogiquement soutenu. On en apprend beaucoup sur la Roumanie de la fin de l’ère du grand Conducator et plus encore sur les démêlés du Congo, de ses voisins, de ses héros, de ses figures contestées, adorables, détestables, mythiques, de Patrice Lumumba à Thomas Sankara, de Mobutu Sese Seko à Laurent-Désiré Kabila, sans omettre quelques figures  d’appoint (Kimbangu, Monbaya, Nkrumah) à propos desquels un habile lexique final dit l’essentiel.

Bref, voilà un livre pour s’émouvoir, apprendre, comprendre, sans jamais se lasser. Pas mal pour un premier roman !

La mer Noire dans les Grands Lacs d’Annie Lulu (Julliard, 224 pages, 19 €).

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Publié le 6 février 2021 par

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