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Trois voyages fous fous fous de Catherine Cusset

Article du 1 juin 2020

Si vous cherchez une lecture facile de dé-confinement : la voici, du Cusset toute crue, toute nue, qui nous conte trois voyages totalement dingos, déjantés, exténuants, cauchemardesques, échevelés, mal bâtis, mal pensés, mal ficelés, mais finalement prodigues de bien bonnes choses, car ils nous donnent envie de la suivre sans la lâcher.

De quoi s’agit-il ? D’un « treck » au Népal qualifié, par elle, cette princesse de l’autodérision, de « fabuleux« , mais où on se pèle de froid dans des chambres réfrigérées, où l’on a des hauts le cœur devant les odeurs des autres et de soi même (six jours sans se laver, cela laisse des traces…), avec son mari Vlad (qui pense qu’il va succomber au mal d’altitude) et de sa fille Claire (qui ne cesse de s’interroger sur les meilleures destinations où poursuivre sa vie, ses études, son futur, Londres ou New York, jamais Paris…); d’une virée « paradisiaque » qui vire au cauchemar (climatisé ou nom) où Costa-Rica, où les hôtels sont blafards, les villes tristes, la nature omniprésente mais ennuyeuse, toujours avec son mari avec qui tout se passe au plus mal (lui tentant d’arranger les choses à sa manière, elle campant sur sa rigidité) et sa fille qui ne rêve que rentrer at home – comprendre Manhattan; enfin d’un voyage en solitaire dans une Chine futuriste, aseptisée, qui va mettre le monde à sa botte, mais se révèle entre Pékin et Wuhan, comme une sorte de cauchemar clinique de taille gigantesque.

Ces trois voyages, qui forment un livre court et dense, avec ses trois chapitres résumés par des phrases hilarantes ou intriguantes, se dévorent avec un malicieux plaisir. Catherine Cusset qu’on connaît pour ses romans acides et acidulés, sa pratique si insolente de l’auto-fiction, son culot magistral, sa franchise sans faille ni fard (relire Le problème avec Jane, New York, journal d’un cycle, Confessions d’une radine, Amours Transversales, l’Autre qu’on adorait ou encore Vie de David Hockney), se surpasse ici dans l’autodérision, se fustige avec drôlerie, se moque de ce qu’elle nomme non son tropisme, mais bien son « racisme anti-chinois« . Assurément, ni le Costa-Rica, ni la Chine, ni même le « fabuleux » Népal ne lui décerneront la médaille du tourisme.

En revanche, le lecteur voyageur ou sédentaire pourra remercier cette bourlingueuse d’occasion qui sait voyager avec drôlerie et décrire comme personne un environnement hostile, une chambre blafarde, un accueil sans un soupçon d’empathie (le passage sur sa façon de réclamer une couverture supplémentaire dans un « hutong » à Pékin est proprement irrésistible). Bref, et on l’a bien compris, Miss Cusset-Jenkins est sans doute la plus démoniaque, la plus drôle, la plus incisive des anti-voyageuses modernes.

Trois fois au bout du monde de Catherine Cusset (Galimard, « le sentiment géographique », 133 pages, 12,50 €).

A propos de cet article

Publié le 1 juin 2020 par

Trois voyages fous fous fous de Catherine Cusset” : 1 avis

  • ROBIN

    Je viens d’acheter ce livre, je l’ai lu en une soirée.
    Je suis déçue, première lecture d’un de ses livres, et sans doute le dernier.
    Tout est négatif, elle ne cesse de se plaindre… C’est un livre pour Bobo, pas mal de fautes en début de lecture…
    Ensuite une vision qui m’a consterné entre Palestine et Israël… Sans compter qu’elle s’emmerde au niveau de la nature comme c’est écrit.
    Pffff….. Je déconseille ce livre

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