Magnifique Singer !

Article du 25 mai 2020

Un inédit de poids ! Paru en feuilleton entre décembre 1967 et mai 1969 dans un journal yiddish de New York (le Forvetz), signé d’un pseudonyme, voilà un vrai grand roman d’Isaac Bashevis Singer, prix Nobel 1978. Ce Balzac juif a toujours balancé, avec un talent intemporel, entre la Pologne, où il est né (en 1904) et les USA, où il a immigré en 1935. Le Manoir, le Domaine, la famille Moskat, Yentl, Shosha, le Magicien de Lublin, Ombres sur l’Hudson, le Spinoza de la rue du Marché (titres, qui, on se demande pourquoi, ne figurent pas tous dans le « du même auteur« de Stock), ont beaucoup fait pour sa gloire. Le « charlatan » dont il s’agit aujourd’hui et que Stock fait reparaître de judicieuse façon, se nomme Hertz Minsker. Fils de rabbin éminent, beau parleur, séducteur, débarquant à New York en 1940 avec sa nouvelle épouse Bronia qui a abandonné  un mari et deux enfants à Varsovie, il vit aux crochets de son ami d’enfance, Morris Calisher, magnat de l’immobilier, qui ne jure que par lui. Las, Hertz, séducteur invétéré, couche avec Minna, la femme de son ami Morris et s’apprête à quitter l’une et l’autre, avec un « fantôme » bien réel et plus cultivé. L’histoire d’un menteur de talent, raconté de façon burlesque par un expert aussi bien de la tradition vaudevillesque que du talmud: voilà l’essence de ce « Charlatan ». Entre Labiche et Woody Allen, Feydeau et Shalom Aleikhem, avec un sens du rebondissement constant, ce grand roman de talent, drôle, picaresque, aux courts chapitres, au style trépidant, sur l’échec et le succès, la malfaisance et la sincérité, est une réussite constante et désopilante. Question-piège : comment a-t-il pu nous échapper durant un demi-siècle?

Le charlatan de Isaac Bashevis Singer, traduit de l’américain par Marie-Pierre Bay et Nicolas Castelnaud-Bay (Stock, 412 pages, 22,50 €).

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Publié le 25 mai 2020 par

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