Relire « le Piéton de Paris »

Article du 24 mai 2020

Le Piéton de Paris

« Il y a des années que je rêve d’écrire un « Plan de Paris » pour personnes de tout repos, c’est-à-dire pour des promeneurs qui ont du temps à perdre et qui aiment Paris , note Fargue, en liminaire du chapitre intitulé « Mon Quartier ». Et tout est dit, tout est résumé. « Le Piéton de Paris« , paru pour la première fois en 1932, est à la fois un ivre de chevet, un livre d’heures, un talisman, mais surtout « le » livre de référence sur ses quartiers, ses balades, ses ombres chères, ses habitudes, ses manières d’être, ses cafés, ses brasseries, ses hôtels, ses placettes minuscules ou fameuses, ses venelles secrètes comme ses avenues trépidantes. Un homme « qui a du temps à perdre » y observe ses semblables d’un oeil à la fois judicieux et malicieux, attentif au « passage des fantômes » comme au « souvenir des vieilles fenêtres, des fumets, des glissades, des regrets et des cendres de la mémoire« . Il prend la pause dans un café de Montparnasse, des Champs-Elysées ou de Saint-Germain-des-Près, a ses entrées chez Lipp dont son père et son oncle ont signé les céramiques, décrit les palaces avec drôlerie (« il y a trois sortes de clientèles: la bonne, le mauvaise et celle du Meurice« ), définit faubourgs et villages, de quartiers en quartiers, ainsi :« Auteuil est comme la campagne de Passy. Les gens de Passy vont à Auteuil comme les gens de la rue Etienne-Marcel vont à Brunoy le dimanche. C’est tout juste s’ils n’emportent pas de quoi manger. » Les  quais, le Marais, la place de la Comédie Française, le dixième arrondissement qui lui est si cher (« le plus poétique, le plus familial, et le plus mystérieux de Paris (…) avec ses deux gares, vastes music-halls où l’on est à la fois acteur et spectateur, avec son canal glacé comme une feuille de tremble ») lui arrachent de jolis moments d’émotion fugace et de nostalgie tenace, d’ironie aussi, car l’humour affleure ici sous le sentiment lyrique. Poète vagabond, chroniqueur buissonnier, funambule des mots, ce saltimbanque littéraire a fait de ce livre immortel la bible non-dite de l’amoureux de Paris. Voilà un ouvrage intemporel, à lire, relire, feuilleter, méditer sans trêve.

Le Piéton de Paris de Léon-Paul Fargue (Gallimard/L’Imaginaire, 320 pages, 11,50€)

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Publié le 24 mai 2020 par

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