Le grand roman de l’exode par Pierre Lemaitre

Article du 6 février 2020

Après Au revoir là-haut (prix Goncourt 2013) et Couleurs de l’incendie, voici le 3e tome d’une saga de la France en miettes entre les deux grandes guerres: destinées broyées par l’histoire et personnages forts et faibles, humains, trop humains, sincères, escrocs, bravaches, sensibles, perdus.

Un grand livre et le grand roman de l’exode: voilà ce que nous donne Pierre Lemaitre, avec le destin de Louise – que l’on a connu petite fille, supportant le visage de gueule cassée d’Edouard Péricourt, devenue serveuse dans un restaurant, jusqu’au jour où un client habitué lui propose une forte somme pour la voir nue. Nous sommes en avril 1940, durant la « drôle de guerre« .

Pendant ce temps-là, Gabriel, prof de maths et sergent-chef, et Raoul Landrade, caporal et homme de toutes les débrouilles, se morfondent dans un fort de la ligne Maginot. Tandis que l’improbable Désiré, d’avocat brillant, va se muer en propagandiste de l’armée française, distillant un optimisme de façade indispensable au moral des troupes. Tandis que l’on brûle les billets de la Banque de France pour éviter qu’ils ne tombent dans les mains ennemies… Puis que tous se retrouvent sur les chemins de l’exode, tentant d’approcher la Loire…

Mais l’on ne va pas déflorer les mille intrigues de ce récit picaresque à facettes. Pierre Lemaitre, qui porte bien son nom, s’y montre au sommet de son art, en manipulateur de destinées singulières, replacées si subtilement dans son époque. Un livre à dévorer sans mesure, jusqu’au brillant épilogue.

Miroir de nos peines de Pierre Lemaitre (Albin Michel, 537 pages, 22,90 €).

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Publié le 6 février 2020 par

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