Les derniers jours de Gérard Philipe par Jérôme Garcin

Article du 17 janvier 2020

Le Cid? C’est Gérard Philipe, qui incarna le Cid alias Don Rodrigue, mais aussi Caligula, le prince de Hombourg, Till l’Espiègle, Fanfan la Tulipe, Modigliani, l’Idiot, le Joueur, Perdican, Lorenzaccio ou encore Monsieur Ripois, parmi tant d’autres rôles étincelants. Immense carrière pour une vie si courte ! Militant de la paix, syndicaliste émérite de son métier, compagnon de route du PC, mais fils de collabo réfugié en Espagne, personnage de rigueur et d’honnêteté, idole de la jeunesse de son temps et icône du cinéma français comme du théâtre populaire, Gérard Philipe est bien cet éternel jeune homme, décédé à 36 ans d’une embolie due à un rare cancer du foie. Jérôme Garcin, qui est son gendre et a déjà parlé de son amour pour Anne-Marie, l’infante, la fille de Gérard dans son « Théâtre intime« , livre le récit minutieux, passionné, bouleversant des derniers jours de cet acteur surdoué qui annotait encore des tragédies grecques et préparait mille projets au théâtre, au cinéma, dans la vie, avant de dormir éternellement du sommeil du juste. Anne, son épouse aimante, qui savait tout de sa maladie – il venait, quelques jours, avant sa mort, d’être opéré de ce qu’on pensait être un « abcès amibien » – parvient, avec la complicité, des médecins, à lui taire son sort. Jouer la comédie du « tout va bien » ou « tout ira mieux » pour l’interprète de Julien Sorel et de Fabrice del Dongo, quelle gageure! C’est celle que tint avec une douloureuse lucidité, trois semaines durant, la future auteure de « le Temps d’un Soupir » et de « les Rendez-Vous de la Colline« . De ces quelques jours, Jérôme Garcin, dont on connaît le talent pour évoquer la force des vies brèves (d’Hérault de Séchelles – C’était tous les jours tempête – à Jean de la Ville de Mirmont – Bleus Horizons), tire un ouvrage d’une rare empathie, tout à la fois poignant et dense, pédagogique et généreux. A l’occasion des 60 ans de la mort de ce singulier beau-père qu’il n’a pas la chance d’avoir connu, même s’il a côtoyé avec tant de force ses lieux de prédilection et ses êtres chers, il nous offre un témoignage unique et rare. Il ne manque pas un boulon de guêtre à son récit, pas une rencontre, pas un sentiment. Tout est là. Le grand Gérard Philipe est bien présent. Et c’est comme si nous étions avec lui. Merci Jérôme!

Le dernier hiver du Cid, de Jérôme Garcin (Gallimard, 17,50 €, 197 pages).

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Publié le 17 janvier 2020 par
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