Arnys, club disparu

Article du 11 novembre 2019

« Arnys était un club masculin, un monde à part, une parenthèse. Une fois le seuil franchi, les espaces évoquaient pourtant moins Buckingham Palace qu’une France prérévolutionnaire (…) Le détachement y était la norme. Qui pénétrait dans ces lieux vivait quelques instants d’apnée, à l’écart de la furie du monde« . Dans son « Arnys et moi », l’auteur, du « Traité de l’agitation ordinaire » (Grasset, 1998) évoque ce club, créé en 1933, disparu en 2012, racheté par LVMH et avalé par la marque Berluti, avec un mélange de tendresse alerte et de nostalgie conquérante. Philippe Trétiack, qui avoue en liminaire n’avoir jamais fréquenté Arnys, s’est bien rattrapé depuis la fermeture de la maison, enquêtant avec minutie, interrogeant les frères Grimbert sur leur passé, leurs fréquentations, leurs habitués, leurs manies, leurs passions. On y a apprend une foule de petites choses que l’on ne savait pas forcément. Cette dynastie de juifs ukrainiens, devenus les plus british des tailleurs parisiens de la rive gauche, penchaient à gauche, étaient férus de belles lettres, habillaient les gens de medias et les autres avec le même bel esprit de tolérance et d’affection, sans affectation. Rendus célèbres, malgré eux, par François Fillon, ses costumes achetés par lui ou d’autres, sa forestière bleue, portée à Brégançon sous Sarkozy, ses déboires judiciaires et politiques, Jean et Michel Grimbert étaient prisés de toute l’intelligentsia française. La presse, la politique, le cinéma et leurs coulisses ne résument, cependant, pas cette échoppe rare dont le nom sonnait comme un sésame. En parallèle, Trétiack conte l’histoire de sa famille, sa boutique de l’Est Parisien, de son aventure dans les « schmattès » avec, il est vrai, une réussite moindre – et c’est un euphémisme. Voilà un petit ouvrage stylé, sans faux plis, à la fois drôle, instructif, pertinent, pédagogique, bref, sur mesure. Et l’on s’y retrouve tous (n’est-ce pas Serge Moati, n’est-ce pas Christian Millau ou Jean-Luc Petitrenaud ?). Comme le gaullisme de jadis, celui de Malraux, Arnys a accueilli tout le monde. On peut passer sa vie à regretter ses belles vitrines d’antan, son élégance discrète et feutrée, ses belles doublures de soie colorées, son bon sens artisan, son élitisme démocratique, surtout quand on sort du métro Sèvres-Babylone pour se diriger rue Récamier… Ce joli livre est comme un baume pour ceux qui furent membres du club ou rêvaient d’en être…

Arnys et moi, de Philippe Trétiack (Plein Jour, 164 pages, 17 €).

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Publié le 11 novembre 2019 par
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