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Nous étions nés pour être heureux

Article du 22 août 2019

Enterrement de vie de famille : ce pourrait être le titre du ce nouveau livre (son 18e roman, son 24e ouvrage) de Lionel Duroy. L’auteur du mémorable « Chagrin » (prix Pagnol, prix Mauriac) conte, sur 220 pages et une journée, une repas de réconciliation. Paul, romancier qui a fait de sa vie de famille meurtrie le fonds – on allait dire le corpus – de son oeuvre, contant son enfance douloureuse, le déchirement des siens, liens distendus, haine larvée, sinon abandon, invite chez lui, à la campagne, ses neuf frères et soeurs, leurs enfants, les siens, ses deux ex-femmes. Il y aura les présents, les absents, les non-dits, les pseudo-révélations, les aveux furtis. C’est à la fois obscur et lumineux, entre les confessions qui ne s’avouent pas et la simple  beauté d’un jour d’octobre, où resurgissent les passions indolentes de l’été indien. D’ailleurs, qiue on pourrait arguer ce parfait roman de rentrée fait davantage à un livre d’été, à lire et à prescrire sous le soleil d’août. On n’est pas sûr de bien saisir tous les reproches que Paul adresse à sa famille, à ses parents, à ses frères, et réciproquement. Mais, au fond de soi, on s’en fiche un peu. La maîtrise d’écriture, le brio, son sens de la narration, de la scansion, du dialogue, des ombres en filigrane dans le non dit, instillé par Lionel Duroy fait tout passer. Famille, on le sait depuis Gide, je vous hais, je vous ai, je vous aime, je vous voudrais. Beaucoup de résilience se cache sous ce texte dru, épais, bien lissé. Duroy fait parler petits et grands avec un égal bonheur, jouant, roulant avec le naturel. Brillant et finalement réussi!

Un extrait : « Tout s’était joué à ce moment-là, sur cette pauvre phrase – « Ça me fait plaisir de vous revoir. » Mais il aurait pu aussi bien dire : « Oui, je préfère que vous repartiez, les premières années j’ai beaucoup souffert de votre absence, mais depuis longtemps vous ne me manquez plus, je me suis habitué à vivre sans vous et je crois qu’il n’y a plus de place pour vous dans ma vie » – car les deux choses étaient également vraies. Il avait éprouvé à les revoir une émotion qui tenait à leur gentillesse, à ce qu’ils réveillaient aussi de tendre et de douloureux dans sa mémoire, mais qu’allait-il faire d’eux après tant d’années sans eux ? »

Nous étions nés pour être heureux, de Lionel Duroy (Julliard, 222 pages, 20 €)

A propos de cet article

Publié le 22 août 2019 par
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Nous étions nés pour être heureux” : 1 avis

  • Merci pour cette présentation.
    Des retrouvailles, enfin !
    Je les lirai sans doute.
    Or

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