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Toutes les vies de Marek Halter

Article du 14 février 2019

Il se cite beaucoup, tout le temps, regrette sa propre absence lors d’un voyage en Russie, lorsque Emmanuel Macron l’oublie – mais ce sont les Russes qui rattraperont l’erreur du président français. Car Marek est partout, sur la scène du monde depuis soixante ans. On se souvient de « la Vie Incertaine de Marco Mahler », sa vie romancée, qui ne figure pas dans son « du même auteur ». On n’a, bien sûr, pas oublié « le Fou et les Rois », ni « le Vent des Khazars », ni « l’Inconnue de Birobidjan », ni, bien évidemment, le plus formidable de ses récits, cette « Mémoire d’Abraham », qui lui vaudra la renommée internationale. Romancier, conteur, mêlant d’autres vies à la sienne, Marek Halter se livre aujourd’hui tout entier, dans une sorte de roman de sa vie, qui est une confession à voix haute. Clara, sa compagne de tous les jours, rend son dernier souffle. Mais pas avant la fin du livre. Séducteur, voyageur au long cours, militant inlassable de la paix (ce mot que Clara avait calligraphié en toutes les langues, usant de tous les signes), « go-between » comme disent les Anglais, passeur, transmetteur, il sait naviguer comme personne entre les causes et les camps, les pays, les continents, sachant parler à ses ennemis aussi bien qu’à ses amis, découvreur de Poutine avant qu’il ne devienne célèbre, confident de Golda Meir comme de Yasser Arafat, devisant avec Peres, Begin, Sharon comme avec Khaled Mechal, l’homme du Hamas, compagnon de BHL avec qui il parcourra l’Afghanistan, il nous entraîne à sa suite dans une sorte de longue fugue en forme de tourbillon, qui traverse le siècle. Il fuit la Pologne, devient brigand à Almaty au Kazakhstan, charme les uns et les autres avec sa façon de conter, sa passion, son accent, mêle les langues avec un talent infini. En russe, polonais, anglais, yiddish, espagnol, en Argentine, comme à Kokand, en Ouzbékistan, lorsqu’enfant, il est désigné pour remettre des fleurs à Staline, Marek est partout. Il se moque de lui-même, même s’il se lance des fleurs, tance sa mégalomanie, mais ne baisse jamais les bras, dans son combat, inlassable, pour la paix entre les hommes, contre le terrorisme. Avec son ami Hassen Chalghoumi, l’imam de Drancy, il marche, vole, court, se bat pour que les Musulmans ne soient pas assimilés aux terroriste islamistes. De ce combat pour la tolérance, ce  grand livre est le fort témoignage. Bien sûr, on pourra se moquer de la propension de Marek au « name dropping« . Chaque chapitre, chaque paragraphe est l’occasion de rappeler que le fou Halter demeure celui qui parle à l’oreille des rois comme des présidents. Lui, « le petit juif de Varsovie, voleur en Ouzbékistan, jeune peintre à Paris » (dont, au passage, on aura oublié l’oeuvre picturale étouffée par ses nombreux livres et ses mille combats) est devenu ce trublion magnifique à qui l’Histoire finira par rendre hommage et donner raison. De toutes ses vies, de tous ses combats, ce grand ouvrage, passionnant, bouleversant, même si, ça et là, il peut agacer, témoigne avec une fougueuse subjectivité.

Je rêvais de changer le monde, Mémoires, de Marek Halter (Robert Laffont/XO, 564 pages, 21,90 €).

A propos de cet article

Publié le 14 février 2019 par
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  • Loneux Gilberte

    Comme le dit Monsieur Pudlowsky, parfois agacée pas l’égocentrisme et un éclectisme parfois un peu échevelé comme pour les OGM( à côté de la plaque),Merci pour le voyage dans ce siècle dont je suis.
    Née en Autriche en avril 45 avec une histoire très chaotique des ancêtres et parents, pas toujours du côté dont on peut être fiers, l’apport historique ,meme s’il est sans analyse est très éclairant.Merci Monsieur Halter,renseignez vous tout de même sur les OGM

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