L'Endroit

« Strasbourg : la nouvelle maison de Carine »

Article du 26 août 2018

Julien Pauli et Carine Jung © GP

Ce fut jadis une winstub nommée Jean dit Carolis, « coiffée d’un toit à deux étages comme les pagodes chinoises », ainsi que le  note René Bazin dans les Oberlé, qui rappelle que la maison fut célèbre pour y avoir accueilli des citoyens de Zurich, en 1576, venus prendre part au grand concours de tir auquel Strasbourg avait convoqué les meilleurs arbalétriers du Saint Empire Romain Germanique et des états helvètes confédérés. Ces derniers avaient apporté avec eux une bouillie de millet dans un large pot en cuivre. Et, à peine furent-ils descendus de leur bateau, qui avait traversé la Limatt, l’Aar et le Rhin, qu’ils firent constater par les Strasbourgeois que leur marmite de bouillie était encore chaude.

Foie gras au chutney de mangue © GP

“ Nous pourrions aisément vous porter secours, nos voisins », dirent-ils. Insistant : «  par le Rhin et par l’Ill, la distance est courte entre nos deux villes ».  La parole donnée en 1576 fut tenue en 1870 au moment du siège de Strasbourg. Les Zurichois intervinrent alors, obtenant du général de Werder la permission de faire sortir de la ville les femmes, les vieillards et les enfants. En témoigne l’inscription gravée sur la plus ancienne de la fontaine, place du Pont aux Chats, érigée en 1884. Elle se trouve d’ailleurs à l’angle de la rue de Zurich, qui suit l’ancien tracé de l’Ill au Rhin.

Feuilleté de cabillaud © GP

On rappelle la légende et le serment des Zurichois pour l’histoire. Cette maison, qui a gardé sa belle façade ancienne avec son toit, abrita longtemps un restaurant laotien, qui rappelle la formule de René Bazin, évoquant « une pagode chinoise » . Elle est désormais la demeure de Carine Jung. Cette maîtresse femme et aubergiste née, qui accueillit pour une cuisine bourgeoise à l’ancienne rue des Tonneliers, à l’enseigne de la Cruche d’Or, a conservé sa belle humeur légendaire et son sourire, comme le bon goût des plats sages, dans une ambiance « heimlich« , comme à la maison, comme on dit en Alsace, avec son mur empierré, ses banquettes et son miroir. Et même si les travaux brident un peu le passage sur la rue de Zurich, et barrent la vue sur l’Ill, déjeuner ici est un petit bonheur.

Caille désossée, tajine de légumes aux raisins et polenta © GP

Aux fourneaux, le jeune Julien Pauli, qui a travaillé sur la Côte d’Azur à Cannes (à la Villa des Lys avec Bruno Oger) et à Strasbourg au Bueheriesel, joue une partition fine, légère, créative qui se renouvelle à l’ardoise au gré de la formule du jour. Feuilleté de cabillaud, foie gras de canard mi-cuit (attention à l’excès de sel!) au chutney de mangue et à la mangue fraîche, poêlée de cabillaud et légumes du jour, tartare de veau et pommes de terre rôties, caille désossée, tajine de légumes et polenta ou encore côte de veau dans son jus et pommes grenailles se goûtent avec plaisir.

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Côte de veau dans son jus, champignons et pommes grenailles © GP

Le croquant muscat de Georges Lorentz à Bergheim et le riant pinot noir de chez Bott Frères à Ribeauvillé passent là dessus avec aisance et, en issue, le classique vacherin glacé aux fruits de saison ou la soupe de fruits rouges avec sa glace verveine font des douceurs bienvenues.

Soupe de fruits rouges et glace verveine © GP

L'Endroit

5 rue de Zurich
67000 Strasbourg
Tél. 03 88 23 48 45
Menus : 15 (formule, déj.), 20 (déj.), 34 €
Carte : 55 €
Fermeture hebdo. : Lundi, dimanche
Site: lendroit-strasbourg.com

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Publié le 26 août 2018 par

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