La Nationale 7 de Clément Pétreault

Article du 14 mai 2018

« De toutes les routes de France, d’Europe 
Celle que j’ préfère est celle qui conduit 
En auto ou en auto-stop 
Vers les rivages du Midi 

Nationale Sept 
Il faut la prendre, qu’on aille à Rome, à Sète 
Que l’on soit deux, trois, quatre, cinq, six ou sept 
C’est une route qui fait recette 

Route des vacances 
Qui traverse la Bourgogne et la Provence 
Qui fait d’ Paris un p’tit faubourg d’ Valence 
Et la banlieue d’ Saint-Paul de Vence 

Le ciel d’été 
Remplit nos cœurs de sa lucidité 
Chasse les aigreurs et les acidités 
Qui font l’ malheur des grandes cités 

Tout excités, on chante, on fête 
Les oliviers sont bleus, ma p’tite Lisette, 
L’amour joyeux est là qui fait risette 
On est heureux Nationale 7″
Ainsi chantait Charles Trénet. C’était en 1955. Depuis, la mythique Nationale 7 a été partiellement déclassée en tronçons départementaux. Mais son tracé existe bel et bien et nombre de ses bornes magiques. Clément Pétreault, qui est journaliste au Point et qui a gardé la fraîcheur de l’enfant qu’il fut, admirant Trénet chantant à la Maison de la Culture de Nevers, jadis, alors qu’il avait douze ans, a refait l’itinéraire en sens inverse. Il récupère un camping-car à Lagny-sur-Marne, file au camping de Ferrières-en-Gâtinais, rallie Menton par l’autoroute, puis, après une mauvaise nuit passée sur une place impossible pour garer son « Char« , il prend enfin la N7 qu’il remonte en douceur vers Paris. Nous sommes fin février (2017). Le voyage durera un mois. Clément part à la rencontre d’une France non pas oubliée, comme le dit le titre, mais négligée, déprimée, offensée, en proie aux doutes, comme aux utopies variées, qu’il rencontre avec curiosité, raconte avec tendresse. Courtier en assurance et as du citron à Menton, nettoyeuse de chiens à Saint-Laurent-du-Var, spécialiste de la radicalisation à Golfe Juan, militants FN, PS, rapatriés d’Algérie, à Toulon, Fréjus, Saint-Raphaël, pharmacienne nonagénaire – qui a vécu toute sa longue vie sans prendre un seul médicament –  ou belges immigrés à Vidauban, retraités actifs au Cannet-des-Maures: voilà quelques uns des Français rencontrés au fil du chemin, contés avec tendresse, ironie sans rosserie, malice et compréhension mêlée. Notre journaliste camping-cariste s’interroge sur l’image de Paris en province – pas vraiment bonne ….- met la main à la pâte dans un bistrot de Valence, rencontre un vigneron mégalo et passionné à Tain-l’Hermitage (n’est-ce pas Michel Chapoutier?), s’arrête chez Troisgros (épisode drôlatique), copine avec les uns, se fond vite chez les autres, retrouve le Nevers de son enfance avec émotion. On épilogue… On ne va pas tout vous dévoiler. Sachant qu’après un mois d’errance, son retour à Paris sera difficile, car il faudra se réadaptée. Cette France négligée, laissée de côté, laisse des traces attachantes et donne envie de repartir. Voilà une parfaite lecture de pré-vacances!

 

Nationale 7, Voyage dans une France Oubliée, de Clément Pétreault (Stock, 220 pages, 18,50 €).

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Publié le 14 mai 2018 par
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